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القرآن
Droit et société

59:7 : "prenez ce que le messager vous donne" — de quoi parle-t-on vraiment ?

6 min de lecture
بسم الله الرحمن الرحيم
LE POSTULAT

Un postulat, pas une facilité. Vérifiez chaque référence, mot pour mot.

LE POSTULAT

La formule وَمَآ ءَاتَىٰكُمُ ٱلرَّسُولُ فَخُذُوهُ وَمَا نَهَىٰكُمْ عَنْهُ فَٱنتَهُوا۟ — "ce que le messager vous donne, prenez-le ; ce qu'il vous interdit, abstenez-vous-en" — est sans doute le verset le plus mobilisé par la tradition pour justifier l'obéissance à tout ce qui est rapporté du Prophète, hadith compris, comme source de loi à égalité avec le Coran. Il suffit pourtant de lire la phrase entière, dans son verset, dans son passage, pour voir qu'elle ne parle que d'une seule chose : le fay' et sa répartition.

59:6-7 — un sujet unique, du début à la fin

VERSET

وَمَآ أَفَآءَ ٱللَّهُ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ مِنْهُمْ فَمَآ أَوْجَفْتُمْ عَلَيْهِ مِنْ خَيْلٍۢ وَلَا رِكَابٍۢ

Et ce que Dieu a accordé en butin à Son messager, de leur part, vous n'y avez engagé ni cheval ni monture. (59:6)

VERSET

مَّآ أَفَآءَ ٱللَّهُ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ مِنْ أَهْلِ ٱلْقُرَىٰ فَلِلَّهِ وَلِلرَّسُولِ وَلِذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْيَتَٰمَىٰ وَٱلْمَسَٰكِينِ وَٱبْنِ ٱلسَّبِيلِ كَىْ لَا يَكُونَ دُولَةًۢ بَيْنَ ٱلْأَغْنِيَآءِ مِنكُمْ

Ce que Dieu a accordé en butin à Son messager, des habitants des cités, revient à Dieu, au messager, aux proches, aux orphelins, aux indigents et au voyageur de passage, afin que cela ne circule pas seulement parmi les riches d'entre vous. (59:7, première moitié)

Le sujet grammatical de tout le passage, répété deux fois à l'identique (مَّآ أَفَآءَ ٱللَّهُ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ), c'est le fay' — un butin acquis sans combat (59:6 le précise explicitement : "vous n'y avez engagé ni cheval ni monture"), donc un bien qui ne revient à personne par droit de prise, et dont la répartition doit être arbitrée pour éviter qu'il "circule seulement parmi les riches". C'est un problème de justice distributive concret, chiffré, avec une liste précise de bénéficiaires.

La phrase-clé arrive dans la foulée immédiate, sans rupture de sujet

VERSET

وَمَآ ءَاتَىٰكُمُ ٱلرَّسُولُ فَخُذُوهُ

Et ce que le messager vous donne, prenez-le. (59:7, suite immédiate)

VERSET

وَمَا نَهَىٰكُمْ عَنْهُ فَٱنتَهُوا۟

Et ce qu'il vous interdit, abstenez-vous-en. (59:7, fin)

Aucune particule de transition, aucun changement de sujet grammatical, aucun nouveau vocatif n'introduit cette phrase : elle suit directement la liste des ayants droit au fay' et la raison d'être de cette répartition (empêcher la concentration entre les mains des riches). Dans ce contexte immédiat, "ce que le messager vous donne" désigne la part qu'il attribue à chacun dans cette répartition précise — et "ce qu'il vous interdit" désigne le fait de s'en accaparer au-delà de sa part, ou de la détourner de sa destination légale. Rien dans la syntaxe n'élargit brusquement le propos à "tout ce qui sera un jour rapporté du Prophète, dans n'importe quel domaine".

Le contexte qui suit confirme, sans dévier, le même sujet

59:8-10 poursuit exactement la même matière : les émigrés pauvres expulsés de leurs biens (بénéficiaires du fay', 59:8), les Ansar qui les accueillent et renoncent à leur propre part par préférence (59:9), puis ceux qui viendront après eux (59:10). Trois versets, une seule question : comment ce butin sans combat se répartit-il équitablement dans la communauté ? Le passage entier, du début à la fin, ne quitte jamais ce terrain.

Court-circuiter l'objection sur "un livre qui parle de pillage"

Une étude précédente a déjà établi que le Coran fonctionne comme un manuel opérationnel : il ne s'arrête jamais à un sentiment, il pose des procédures pour chaque situation concrète — y compris le conflit armé, avec ses limites de riposte, ses clauses de cessation, son traitement des captifs. Or il n'existe aucune guerre sans butin — c'est un fait de toute confrontation armée humaine, jamais une invention coranique. Un texte silencieux sur ce point ne serait pas plus "pacifique" : il abandonnerait la question la plus propice aux abus (l'appropriation du butin par les plus forts) à l'absence totale de règle.

Le corpus fait exactement l'inverse : il légifère strictement sur le butin, dans les deux régimes qu'il distingue clairement — le fay' (sans combat, 59:6-7, déjà traité plus haut) et le butin de combat proprement dit (غنيمة). Pour ce second régime, 8:41 impose : "de tout ce que vous prenez comme butin, un cinquième en revient à Dieu, au messager, aux proches, aux orphelins, aux indigents, et au voyageur de passage" — la même liste de bénéficiaires vulnérables que pour le fay', un prélèvement obligatoire et chiffré, pas un partage laissé à la loi du plus fort. 8:1 précise en outre que les surplus (ٱلْأَنفَال) reviennent à Dieu et au messager, avec l'ordre de "remettre de l'ordre entre vous" — une clause anti-conflit sur la répartition elle-même.

Et c'est précisément sur les moyens matériels de cet effort que le reproche est adressé aux notables, jamais sur l'appât du butin : 47:38 vise ceux qui, appelés à dépenser dans le chemin de Dieu (l'effort de guerre et son financement), se montrent avares — le grief porte sur la rétention des moyens, pas sur l'existence d'un butin en aval. Le Coran ne parle donc pas de pillage : il parle de guerre — un fait humain constant — et impose à son sujet une législation de répartition plus stricte que ce qu'aucune coutume tribale de l'époque n'exigeait spontanément.

Un clin d'œil utile ici : la Convention de Genève, texte de droit international le plus universellement reconnu comme "civilisateur" en matière de conflit armé, parle elle aussi abondamment de guerre — traitement des prisonniers, sort des biens capturés, limites à la conduite des hostilités. Personne n'en conclut que la Convention de Genève "fait l'apologie" de la guerre parce qu'elle en traite juridiquement. Un texte qui légifère sur un fait n'en est pas l'avocat : il en est le régulateur. Le corpus coranique, quatorze siècles avant Genève, applique déjà le même principe à la même matière.

Ce que cela signifie

59:7 installe le messager dans un rôle précis et limité : administrateur de la répartition du fay', chargé d'assigner à chacun sa part et d'empêcher son détournement — un rôle exécutif de justice distributive, pas une source d'autorité législative générale équivalente au texte révélé. Faire de "ce que le messager vous donne, prenez-le" une clause générale imposant tout hadith rapporté, c'est extraire une phrase de son sujet immédiat (le partage d'un butin de guerre sans combat) pour la faire porter un poids qu'aucun mot du passage ne réclame.

À vous de vérifier

Lisez 59:6 à 59:10 d'affilée, sans sauter aucun verset, en notant à chaque phrase si le sujet change. Comptez combien de fois le mot فيء/أفاء (butin sans combat) structure le passage, et demandez-vous à quel moment précis, dans cette suite continue, le texte signalerait qu'on quitte la question du partage du butin pour entrer dans une clause générale sur l'obéissance à toute parole future du Prophète.

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