Là où l'aspect du verbe fait le sens
L'arabe distingue l'accompli, l'inaccompli et le participe. Ce n'est pas un simple marqueur de temps, et l'accompli ne veut pas toujours dire le passé : cette lecture mécanique est écartée (« L'aspect verbal porte le sens »). Mais quand un passage oppose les formes entre elles, c'est cette opposition qui porte le sens, et la traduction la garde dans les six langues.
La sourate 109 est le cas d'école. Elle fait alterner trois formes du même verbe : l'inaccompli « Je n'obéis pas à ce à quoi vous obéissez » (109:2), le participe « vous n'êtes pas, vous, obéissants » (109:3), et l'accompli « ce à quoi vous avez obéi » (109:4). L'acte présent, l'état durable et le passé révolu ne se confondent pas : la rupture vaut pour ce que je fais, pour ce que je suis, et pour ce que vous avez fait.
La sourate 102 s'ouvre sur un accompli : « La course à l'accumulation vous a distraits » (102:1). Le constat est fait : la distraction a déjà eu lieu. La sourate 104 fait de même : il pense « que son bien l'a rendu éternel » (104:3), comme si c'était acquis.
Les ouvertures en « a glorifié » et en « glorifie » (voir 59:1, 59:24 et « « A glorifié » et « glorifie » : l'aspect des ouvertures en سبّح ») montrent l'opposition entre deux sourates, ou entre le début et la fin d'une même sourate (« Une même formule ouvre et ferme la sourate »).
Inversement, après إذا, l'accompli décrit ce qui arrivera : « Quand le soleil sera enroulé » (81:1). Là, le traduire au passé serait un contresens. La règle n'est donc pas « accompli = passé », mais : repérer l'opposition des formes, et la rendre.
Dans le texte
لَآ أَعْبُدُ مَا تَعْبُدُونَوَلَآ أَنَا۠ عَابِدٌۭ مَّا عَبَدتُّمْإِذَا ٱلشَّمْسُ كُوِّرَتْ