Choix de vocabulaire
Une racine, un mot, et pourquoi ce mot
Certains mots de cette traduction surprennent le lecteur habitué aux traductions courantes. Ils ne sont pas choisis pour surprendre : chacun rend ce que dit la racine arabe, vérifiée sur toutes ses occurrences, et chacun est tenu partout de la même façon, pour que le lecteur retrouve la racine sous le mot.
Deux règles commandent ces choix. Une racine, un mot : deux racines arabes ne partagent jamais le même mot, et un mot ne change pas d'une phrase à l'autre sans raison. Un registre noble, régalien et juridique : le texte parle d'un Souverain qui légifère, juge et rend à chacun son dû ; la traduction évite les images qu'il ne porte pas.
ٱللَّه est la forme définie de إِلَٰه, « divinité » : la Divinité par excellence. « Dieu » garde ce nom unique dans chaque langue ; « divinité » reste à إِلَٰه.
رَبّ dit celui qui prend en charge, élève et fait croître ce dont il a la garde. « Seigneur » dit la domination ; « Tuteur » dit la charge et le soin, comme le texte : « Tuteur de tous les êtres » (1:2).
La racine ر ح م est celle de la matrice : le lien qui protège et fait croître. « Le Tout-Bienveillant » dit cette bienveillance entière ; « le Bienveillant », celle qui se tourne vers chacun.
Le mot vient de قَرَأَ, lire, réciter. Le texte se nomme lui-même ainsi ; la traduction rend le nom au lieu de le translittérer.
Ce qui est écrit et fixé. Selon la phrase, le même mot dit aussi le registre des actes ou un contrat écrit.
La racine صلو dit la liaison, le fait d'être relié. « Nouer le Contact », « maintenir le Contact » ; avec على et une personne, « être en contact avec » (9:103). La majuscule marque l'acte institué.
La racine زكو dit ce qui croît en restant pur. Ce que l'on donne de son bien, et qui purifie celui qui donne.
Le mot dit le service et l'obéissance. « Adorer » ajoute un culte que la racine ne dit pas ; « obéir » dit ce que le texte demande.
La racine نبأ dit l'information importante. L'informateur est celui qui reçoit l'information et la transmet ; « prophète » est un mot venu d'une autre langue et d'une autre histoire.
Celui qui est envoyé porter un message. Le texte distingue l'informateur et le messager ; la traduction aussi.
كَفَرَ, c'est couvrir, refuser de reconnaître : le contraire de شَكَرَ, reconnaître le bienfait. « Renier » dit un acte, non une étiquette.
La racine وقي dit la protection qu'on se donne. Celui qui se prémunit prend ses précautions devant ce qui vient ; « crainte » est à خوف.
Se remettre entier, sans partage. « Intègre envers Dieu » dit l'attitude que le texte décrit, sans en faire un nom de groupe.
Ce qui est dû et ce qui règle : la Loi à laquelle on se tient. يَوْمُ ٱلدِّين est le Jour de l'Échéance, le jour où le dû est rendu.
قِيَٰمَة, c'est se tenir debout : le jour où chacun se tient devant son Tuteur.
Le registre est juridique : une peine prononcée et subie. Le verbe est « punir ».
Le texte les décrit par ce qu'ils font : ils portent l'ordre, enregistrent, exécutent. « Agents » dit la fonction ; « anges » ajoute une image.
La racine جنن dit ce qui est couvert, caché à la vue : le jardin couvert d'arbres, l'enfant dans le ventre. Les Occultés sont ceux qui échappent à la vue.
Celui qui détourne de la voie. Le texte le définit par son action : il promet, il enjolive, il éloigne.
La personne en tant qu'elle-même, ce qui répond de ses actes. « Âme » ajoute une doctrine que le texte ne développe pas.
Le centre de la compréhension : le texte dit qu'on comprend par lui : « ils ont des noyaux avec lesquels ils ne comprennent pas » (7:179). « Noyau » dit ce centre sans l'image du sentiment.
Ce qui n'est pas perçu, sans être pour autant hors d'atteinte du savoir.
Le texte les nomme par une racine : هاد, revenir, se réorienter ; نصر, secourir (« Qui sont mes secoureurs vers Dieu ? », 3:52). La traduction rend le sens du nom.
Le nom est gardé, translittéré. Les noms propres sont transcrits selon l'arabe, jamais sous leur forme biblique : Moussa, Ibrahim, Issa, Maryam.
Nom propre d'un lieu, gardé tel quel, comme Saqar. Les autres noms de ce lieu sont traduits : la Fournaise, le Brasier, le Feu.
Ce qui est élevé et construit. Le texte en fait l'image de l'ordre que Dieu tient.
Le mot dit le lieu où l'on se prosterne ; la traduction rend le sens, sans le nom d'un bâtiment.
S'abstenir, se retenir. La même racine dit, en 19:26, le silence de Maryam.