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Règles de lecture

Ce que le texte fait toujours de la même façon

En lisant le texte phrase par phrase, on voit revenir des tournures, des constructions, des formules. Quand une régularité se vérifie sur toutes ses occurrences, elle devient une règle de lecture, et la traduction la suit partout. Quand elle ne tient pas, elle est écartée, et on dit pourquoi : une règle écartée apprend autant qu'une règle établie.

Chaque fiche donne l'énoncé, le verdict, la preuve tirée du texte et des exemples. Elles sont rédigées en français, en anglais et en arabe.

La règle des particules d'insistance

La particule إِنَّ a deux emplois. Quand elle affirme seule, face à un doute ou à un démenti, elle se rend « certes ». Quand elle relie, en donnant la raison d'un ordre, d'une interdiction ou d'une règle, elle se rend « car » : « Patiente donc, car la promesse de Dieu est vérité » (40:55).

إِنَّ … لَـ, l'insistance redoublée, se rend « assurément », comme sa forme légère إِنْ … لَـ (« nous étions assurément insouciants », 6:156). لَقَدْ et وَلَقَدْ se rendent « certes ». قَدْ devant un accompli ne prend jamais « certes » : « déjà », ou rien. Chaque marque arabe garde ainsi sa marque dans la traduction, sans alourdir la phrase.

L'unicité

La double négation « لم … ولم يكن له »établie

Énoncé. Pour dire ce que Dieu n'est pas, le Coran emploie une formule fixe en deux temps : « لَمْ » + verbe (ce qu'Il n'a pas fait), puis « وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ » + nom (ce qu'Il n'a pas). Le premier temps nie l'enfant, le second nie tout partenaire : un associé dans la royauté, ou un égal.

Verdict. Règle établie. Trois occurrences, toutes dans le schéma, et rendues de la même façon.

Preuve

La formule apparaît trois fois :

  • 17:111 et 25:2, mot pour mot : « لَمْ يَتَّخِذْ وَلَدًۭا وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ شَرِيكٌۭ فِى ٱلْمُلْكِ » : ni enfant, ni associé dans la royauté ;
  • 112:3-4 : « لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ كُفُوًا أَحَدٌۢ » : ni engendrement, dans les deux sens, ni égal.

Dans la sourate 112, le second terme n'est pas شَرِيك mais كُفُوًا (« équivalent ») : la formule nie toujours, d'abord la filiation, ensuite tout partenaire à égalité, qu'il soit associé ou équivalent.

Pour la traduction, 17:111 et 25:2 étant identiques en arabe, ils sont rendus à l'identique, et l'expression اتخذ ولدا est rendue « S'attribuer un enfant » dans tout le corpus.

Exemples

لَمْ يَتَّخِذْ وَلَدًۭا وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ شَرِيكٌۭ فِى ٱلْمُلْكِ

qui ne S'est pas attribué d'enfant, qui n'a pas d'associé dans la royauté

17:111 — Premier temps : l'enfant ; second temps : l'associé.

وَلَمْ يَتَّخِذْ وَلَدًۭا وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ شَرِيكٌۭ فِى ٱلْمُلْكِ

qui ne S'est pas attribué d'enfant et qui n'a pas d'associé dans la royauté

25:2 — Mot pour mot la même formule qu'en 17:111.

لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ كُفُوًا أَحَدٌۢ

Il n'engendre pas, et n'est pas engendré. ‖ Et nul n'est Son équivalent.

112:3-4 — Même schéma, mais le second terme est كُفُوًا (« équivalent ») : c'est ce qui a imposé la correction de l'énoncé.
La preuve par soustractionétablie

Énoncé. Un mot qui n'apparaît qu'une fois peut être défini sans point de comparaison, quand une série de négations l'entoure : chaque négation retire un sens possible, et ce qui reste après toutes les soustractions est son sens.

Verdict. Règle établie. Elle éclaire aussi la formule de l'unicité.

Preuve

Le cas fondateur est ٱلصَّمَدُ, qui n'apparaît qu'une fois dans le Coran (112:2). Aucune autre occurrence ne permet de le comparer. Mais les versets qui le suivent sont trois négations : « لَمْ يَلِدْ » (Il n'engendre pas), « وَلَمْ يُولَدْ » (Il n'est pas engendré), « وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ كُفُوًا أَحَدٌۢ » (nul n'est Son équivalent). La première exclut qu'il sorte quelque chose de Lui, la deuxième qu'Il soit sorti de quelque chose, la troisième que quoi que ce soit Lui fasse face. Ce qui reste est un être dans lequel rien n'entre et dont rien ne sort : « l'Impénétrable ».

La formule de l'unicité, « لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ », repose sur le même mécanisme : لَا nie tout, إِلَّا isole l'exception, هُوَ reçoit ce qui reste. Ce mécanisme est détaillé dans la règle « Nulle divinité si ce n'est Lui : trois pièces, un mécanisme ».

La règle sert d'outil : avant de déclarer un mot rare indéterminé, on vérifie s'il est encadré par des négations qui en délimitent le sens.

Exemples

ٱللَّهُ ٱلصَّمَدُ لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ وَلَمْ يَكُن لَّهُۥ كُفُوًا أَحَدٌۢ

Dieu, l'Impénétrable. ‖ Il n'engendre pas, et n'est pas engendré. ‖ Et nul n'est Son équivalent.

112:2-4 — Un hapax suivi de trois négations : ce qui reste après elles est le sens de ٱلصَّمَد.
Nulle divinité si ce n'est Lui : trois pièces, un mécanismeétablie

Énoncé. La formule لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ fonctionne en trois temps : لا nie toute divinité, إلا retire de cette négation une seule exception, et هو désigne ce qui reste. C'est la preuve par soustraction appliquée à l'unicité.

Verdict. Règle établie. Voir aussi « La preuve par soustraction ».

Preuve

Premier temps, la particule لا : une négation totale, qui vide la catégorie « divinité » de tout ce qu'elle pourrait contenir.

Deuxième temps, la particule إلا : une exception, qui soustrait de cette négation un seul élément.

Troisième temps, le pronom هو : il reçoit ce qui reste, et renvoie à Dieu nommé juste avant. « Dieu, nulle divinité si ce n'est Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même » (2:255).

La formule n'affirme pas d'abord ; elle nie tout, puis ne laisse subsister qu'un seul. C'est exactement le mécanisme décrit dans « La preuve par soustraction ». Le corpus emploie la construction لا إله إلا dans 37 phrases.

Exemples

ٱللَّهُ لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ٱلْحَىُّ ٱلْقَيُّومُ

Dieu, nulle divinité si ce n'est Lui, ‖ le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même.

2:255 — Négation, exception, pronom : la soustraction ne laisse que Dieu.
« En dehors de Dieu » : un recours toujours nié ou dénoncéétablie

Énoncé. La construction من دون الله désigne toujours quelque chose ou quelqu'un pris comme recours en dehors de Dieu : ce qu'on invoque, ce à quoi on obéit, un allié, un secoureur. Ce recours est toujours dénoncé, ou nié.

Verdict. Règle établie. Constat vérifié sur les 71 phrases ; rendu unique dans les six langues.

Preuve

Le corpus emploie la formule 71 fois, et dans trois situations seulement.

Elle dénonce une obéissance ou une invocation : « Et ils obéissent, en dehors de Dieu, à ce qui ne leur nuit ni ne leur profite » (10:18).

Elle pose un refus commun : « qu'aucun de nous ne prenne les autres pour maîtres en dehors de Dieu » (3:64).

Elle nie l'existence même d'un recours : « et ne trouvera, en dehors de Dieu, ni responsable ni secours » (4:123).

Jamais la formule n'introduit un recours approuvé. C'est pourquoi la traduction la rend partout de la même façon, dans les six langues : « en dehors de Dieu ».

On la rapproche parfois de لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ, comme sa face négative ; ce rapprochement éclaire la lecture, mais n'est pas lui-même une règle.

Exemples

وَيَعْبُدُونَ مِن دُونِ ٱللَّهِ مَا لَا يَضُرُّهُمْ

Et ils obéissent, en dehors de Dieu, à ce qui ne leur nuit ni ne leur profite

10:18 — Un recours dénoncé.

أَرْبَابًۭا مِّن دُونِ ٱللَّهِ

qu'aucun de nous ne prenne les autres pour maîtres en dehors de Dieu

3:64 — Un recours refusé d'un commun accord.

وَلَا يَجِدْ لَهُۥ مِن دُونِ ٱللَّهِ وَلِيًّۭا وَلَا نَصِيرًۭا

et ne trouvera, en dehors de Dieu, ni responsable ni secours

4:123 — Un recours dont l'existence est niée.
La formule du refugeétablie

Énoncé. Quand le Coran parle de refuge (« se réfugier », forme I ; « chercher refuge », forme X), la phrase a toujours la même forme : le verbe de la racine عوذ, puis بـ devant Celui auprès de qui l'on se réfugie, puis la menace. La menace prend l'une de deux formes : من suivi d'un nom quand on nomme la source du mal, أن suivi d'un verbe quand on redoute un événement.

Verdict. Règle établie. Les 17 occurrences ont été relues : aucune ne sort du schéma, et la seule exception sur la personne invoquée (72:6) est condamnée par le texte lui-même.

Preuve

La racine عوذ revient 17 fois dans le corpus. Dans tous les emplois où le verbe a un complément, celui auprès de qui l'on cherche refuge est introduit par بـ : « بربّ الفلق », « بالله », « بك », « بربّي وربّكم ».

La menace se dit de deux façons, et jamais d'une troisième :

  • la forme من + nom quand le mal a une source que l'on peut nommer : « من شرّ ما خلق », « من همزات الشياطين », « من كلّ متكبّر » ;
  • la forme أن + verbe quand ce que l'on redoute est un événement : « أن أكون من الجاهلين », « أن يحضرون », « أن ترجمون ».

Celui auprès de qui l'on se réfugie est Dieu dans tous les cas, sauf un : en 72:6, des hommes se réfugient auprès d'autres hommes, parmi les Occultés, et le texte dit aussitôt que cela n'a fait qu'accroître leur accablement. La seule exception est donc présentée comme une erreur.

Une variante de forme confirme la règle au lieu de la contredire : le nom verbal مَعَاذَ ٱللَّهِ (12:23, 12:79) rattache Dieu par l'annexion, sans بـ ; c'est la forme figée de l'exclamation « Refuge en Dieu ! ».

Exemples

أَعُوذُ بِرَبِّ ٱلْفَلَقِ مِن شَرِّ مَا خَلَقَ

Je me mets sous l'égide du Tuteur de la Percée, contre le mal de ce qu'Il a créé

113:1-2 — Ici, بـ devant le Tuteur, من devant la source du mal.

أَعُوذُ بِكَ مِنْ هَمَزَٰتِ ٱلشَّيَٰطِينِ وَأَعُوذُ بِكَ رَبِّ أَن يَحْضُرُونِ

je me mets sous Ton égide contre les incitations des Détourneurs, et je me mets sous Ton égide, mon Tuteur, contre leur présence auprès de moi

23:97-98 — Les deux formes de la menace dans une même invocation : من + nom (les incitations), puis أن + verbe (leur présence).

أَعُوذُ بِٱللَّهِ أَنْ أَكُونَ مِنَ ٱلْجَٰهِلِينَ

Je me mets sous l'égide de Dieu pour ne pas être du nombre des ignorants

2:67 — Ici, أن + verbe : ce que Moussa redoute est un événement, devenir ignorant.

يَعُوذُونَ بِرِجَالٍۢ مِّنَ ٱلْجِنِّ فَزَادُوهُمْ رَهَقًۭا

qui se mettaient sous l'égide d'hommes parmi les Occultés, et cela n'a fait qu'accroître leur écrasement

72:6 — Seule occurrence où l'on se réfugie auprès d'un autre que Dieu ; le verset en donne aussitôt le résultat : un écrasement accru.

مَعَاذَ ٱللَّهِ

Sous l'égide de Dieu !

12:23 — Forme nominale figée (12:23) : Dieu est rattaché par l'annexion, sans بـ.
Les deux « Nous » : Dieu et un groupe humainétablie

Énoncé. Le pronom نَحْنُ (« nous ») a deux emplois que rien ne distingue dans la forme : Dieu parlant de Lui-même au pluriel, et un groupe humain réellement pluriel. Seuls l'identité de celui qui parle et la nature de l'acte permettent de trancher.

Verdict. Règle établie. La forme est identique ; le locuteur et l'acte départagent, et la majuscule le rend visible en traduction.

Preuve

Les deux emplois :

  • Dieu : « إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا ٱلذِّكْرَ », « C'est Nous qui avons fait descendre le Rappel » (15:9) : l'acte (faire descendre la révélation) n'appartient qu'à Dieu ;
  • des humains : « إِنَّمَا نَحْنُ مُصْلِحُونَ », « Nous ne faisons qu'assainir » (2:11) : ce sont les hypocrites qui parlent.

Aucune marque morphologique ne sépare ces deux نَحْنُ. Le lecteur s'appuie sur le contexte : qui parle, et que fait-il ? Créer, faire descendre, susciter sont des actes divins ; se justifier, comploter, prétendre sont des actes humains.

La traduction rend la distinction visible par la majuscule : « Nous » quand Dieu parle, « nous » quand ce sont des humains.

Exemples

إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا ٱلذِّكْرَ

C'est Nous qui avons fait descendre le Rappel

15:9 — L'acte est divin : « Nous ».

إِنَّمَا نَحْنُ مُصْلِحُونَ

Nous ne faisons qu'assainir.

2:11 — Les hypocrites parlent : le même pronom désigne un groupe humain.
« A glorifié » et « glorifie » : l'aspect des ouvertures en سبّحétablie

Énoncé. Cinq sourates voisines s'ouvrent sur la glorification de Dieu par tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Trois emploient l'accompli سَبَّحَ (57, 59, 61), deux l'inaccompli يُسَبِّحُ (62, 64). La traduction garde la différence : « a glorifié » pour l'accompli, « glorifie » pour l'inaccompli.

Verdict. Règle établie. Cinq ouvertures, et l'aspect est rendu dans chaque langue.

Preuve

Les cinq ouvertures se ressemblent au point qu'on pourrait les croire identiques ; elles ne le sont pas. « سَبَّحَ لِلَّهِ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ » (57:1) dit une glorification accomplie, constatée ; « يُسَبِّحُ لِلَّهِ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَمَا فِى ٱلْأَرْضِ » (62:1) dit une glorification en cours, continue.

La traduction rend donc l'accompli au passé composé : « a glorifié », « has glorified », « ha glorificado », « ha glorificato », « telah bertasbih », « восславило ». Rendu au présent, il effacerait la différence voulue par le texte.

Cette règle est l'un des cas démontrés où l'aspect verbal porte le sens (voir aussi APP-04) ; elle remplace, sur ce point précis, l'énoncé trop général de RD-14 (rejeté).

Exemples

سَبَّحَ لِلَّهِ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ

Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre a glorifié Dieu.

57:1 — Accompli سَبَّحَ : « a glorifié ».

يُسَبِّحُ لِلَّهِ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَمَا فِى ٱلْأَرْضِ

Ce qui est dans les cieux et sur la terre glorifie Dieu

62:1 — Inaccompli يُسَبِّحُ : « glorifie ».
La triade Tuteur / Souverain / Divinitéécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : le Coran présenterait Dieu par une triade fixe, رَبّ (Tuteur), مَلِك (Souverain), إِلَٰه (Divinité), dans cet ordre, et cette triade relierait la première sourate à la dernière.

Verdict. Écartée. Un seul exemple strict (114:1-3) ; les autres réunions des trois termes ne suivent ni le même ordre ni les mêmes formes.

Preuve

La triade apparaît bien, complète et dans cet ordre, en 114:1-3 : « بِرَبِّ ٱلنَّاسِ مَلِكِ ٱلنَّاسِ إِلَٰهِ ٱلنَّاسِ ».

Le test sur tout le corpus ne trouve pourtant aucune autre occurrence du même schéma :

  • la Fatiha (1:2-4) a « رَبِّ ٱلْعَٰلَمِينَ » et « مَٰلِكِ يَوْمِ ٱلدِّينِ », mais pas إله ;
  • 23:116 réunit les trois mots dans un autre ordre : ٱلْمَلِكُ, puis إِلَٰهَ, puis رَبُّ ;
  • 39:6 donne رَبُّكُمْ, puis ٱلْمُلْكُ (la royauté, non le Souverain), puis إِلَٰهَ.

Une figure qui n'apparaît qu'une fois ne peut pas être une règle. L'écho entre la sourate 1 et la sourate 114 (رب et ملك dans les deux) reste un fait de lecture propre à ces deux sourates.

Exemples

بِرَبِّ ٱلنَّاسِ مَلِكِ ٱلنَّاسِ إِلَٰهِ ٱلنَّاسِ

Tuteur des humains, le Souverain des humains, la Divinité des humains

114:1-3 — Seule occurrence complète, dans l'ordre.

رَبِّ ٱلْعَٰلَمِينَ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ مَٰلِكِ يَوْمِ ٱلدِّينِ

Tuteur de tous les êtres, le Tout-Bienveillant, le Bienveillant, Souverain du Jour de l'Échéance

1:2-4 — Ici, رب et مالك, mais pas إله : la Fatiha ne contient pas la triade.

فَتَعَٰلَى ٱللَّهُ ٱلْمَلِكُ ٱلْحَقُّ لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ رَبُّ ٱلْعَرْشِ ٱلْكَرِيمِ

Que soit exalté Dieu, le Souverain, la Vérité !

23:116 — Les trois termes, mais dans l'ordre Souverain, Divinité, Tuteur.

Conditions et temps

Quand, si, si seulement : les trois conditionsétablie

Énoncé. Le Coran dispose de trois particules conditionnelles, et chacune dit à quel point la condition est réelle : إذا pose ce qui arrivera (« quand »), إن pose une hypothèse ouverte (« si »), لو pose ce qui n'est pas et ne sera pas (« si … », à l'irréel).

Verdict. Règle établie. La distinction est connue de la grammaire arabe ; le corpus l'applique sans exception.

Preuve

La particule إذا ne met pas l'événement en doute ; elle en fixe le moment : « Quand vient le secours de Dieu, et l'ouverture » (110:1). Le secours n'est pas une hypothèse, il est annoncé.

La particule إن ouvre une possibilité sans la trancher : « Et si vous êtes dans le doute au sujet de ce que Nous avons fait descendre » (2:23). Le doute est envisagé, non affirmé.

La particule لو pose une situation que le réel a déjà démentie : « Et s'ils étaient ramenés, ils réitéreraient certainement ce qui leur était interdit » (6:28). Ils ne seront pas ramenés ; le verset décrit ce qu'ils feraient dans un monde qui n'existe pas.

Deux emplois voisins ne contredisent pas cette répartition :

  • la forme وَلَوْ concessive (« fût-ce ») reste dans l'irréel ou l'extrême : « fût-ce contre vous-mêmes » (4:135) ;
  • la forme فَإِذَا de surgissement (« et voici que ») dit un fait soudain, donc réel : le bâton de Moussa devient serpent (7:107).

Pour le traducteur, la conséquence est simple : إذا ne se rend pas par « si », et لو ne se rend pas par un futur.

Exemples

إِذَا جَآءَ نَصْرُ ٱللَّهِ

Quand vient le secours de Dieu, et l'ouverture

110:1 — La particule إذا : l'événement est certain, seul son moment est en jeu.

وَإِن كُنتُمْ فِى رَيْبٍۢ

Et si vous êtes dans le doute

2:23 — La particule إن : une hypothèse ouverte, ni affirmée ni exclue.

وَلَوْ رُدُّوا۟ لَعَادُوا۟

Et s'ils étaient ramenés, ils réitéreraient certainement ce qui leur était interdit

6:28 — La particule لو : une revanche qui n'aura pas lieu, et ce qu'il révélerait.

فَإِذَا هِىَ ثُعْبَانٌۭ مُّبِينٌۭ

et voici qu'il fut un serpent manifeste

7:107 — La forme فَإِذَا de surgissement : un fait soudain, pas une condition.

وَإِذَا شِئْنَا بَدَّلْنَآ

et quand il Nous plaira, Nous les remplacerons entièrement par leurs semblables

76:28 — La particule إذا : le remplacement est annoncé, non envisagé.
La particule إذا pour ce qui arrivera, إن pour l'hypothèseétablie

Énoncé. La particule إِذَا introduit un événement que le texte tient pour certain (« quand », « lorsque ») ; إِنْ introduit une simple hypothèse (« si »). Le choix de la particule dit si la chose arrivera ou seulement si elle pourrait arriver.

Verdict. Règle établie. Elle fait partie d'une règle plus large, « Quand, si, si seulement : les trois conditions ».

Preuve

La sourate 113 en donne deux exemples dans la même liste : « غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ » (une obscurité lorsqu'elle pénètre) et « حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ » (un envieux lorsqu'il envie). La nuit tombe chaque jour, l'envieux envie : le texte ne pose pas une hypothèse, il décrit ce qui se produit.

À l'inverse, « وَإِن كُنتُمْ فِى رَيْبٍۢ » (2:23) et « وَإِن لَّمْ تُؤْمِنُوا۟ لِى » (44:21) envisagent une situation qui peut se présenter ou non : « si vous êtes dans le doute », « si vous ne me faites pas crédit ».

La traduction suit la particule : « quand / lorsque » pour إذا, « si » pour إن. Cette règle est un cas particulier de la règle complète « Quand, si, si seulement : les trois conditions », qui l'absorbe.

Exemples

غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ

d'une obscurité lorsqu'elle pénètre

113:3 — Ici, إذا : la nuit tombera, ce n'est pas une hypothèse.

إِذَا جَآءَ نَصْرُ ٱللَّهِ

Quand vient le secours de Dieu

110:1 — Ici, إذا : le secours est annoncé comme certain.

وَإِن كُنتُمْ فِى رَيْبٍۢ

Et si vous êtes dans le doute

2:23 — Ici, إن : le doute est envisagé, non affirmé.

وَإِن لَّمْ تُؤْمِنُوا۟ لِى فَٱعْتَزِلُونِ

et si vous ne me faites pas crédit, alors tenez-vous à l'écart de moi

44:21 — Ici, إن : Moussa envisage leur refus sans le tenir pour acquis.
Les séries de « إِذَا » cosmiques aboutissent au Soiétablie

Énoncé. Trois sourates s'ouvrent sur une série de propositions en إِذَا qui décrivent le bouleversement du monde (le soleil, les astres, les mers, les tombes). La série ne débouche jamais sur le monde, mais sur un être : « un Soi saura ce qu'il a … » (81:14, 82:5), ou « Ô être humain ! » (84:6).

Verdict. Règle établie. Trois séries, toutes aboutissant à l'individu ; la réponse commune a un rendu unique dans les six langues.

Preuve

La sourate 81 aligne douze propositions en إِذَا, du soleil enroulé au Jardin rapproché, et la réponse tient en trois mots : « عَلِمَتْ نَفْسٌۭ مَّآ أَحْضَرَتْ », « un Soi saura ce qu'il a présenté ». La sourate 82 fait de même en quatre propositions : « عَلِمَتْ نَفْسٌۭ مَّا قَدَّمَتْ وَأَخَّرَتْ », « un Soi saura ce qu'il a avancé et retardé ». La sourate 84 décrit le ciel qui se fend et la terre qui s'étend, puis s'adresse directement à l'homme : « يَٰٓأَيُّهَا ٱلْإِنسَٰنُ », « Ô être humain ! ».

Le bouleversement cosmique n'est donc jamais décrit pour lui-même : tout converge vers ce qu'un individu découvrira de ses propres actes. Les propositions en إِذَا sont rendues au futur (« Quand le soleil sera enroulé »), selon la règle « Quand, si, si seulement : les trois conditions ». La réponse عَلِمَتْ نَفْسٌۭ est rendue identiquement dans les deux sourates : « un Soi saura ».

Exemples

عَلِمَتْ نَفْسٌۭ مَّآ أَحْضَرَتْ

un Soi saura ce qu'il a présenté

81:14 — Douze propositions en إِذَا (81:1-13), une seule réponse.

عَلِمَتْ نَفْسٌۭ مَّا قَدَّمَتْ وَأَخَّرَتْ

un Soi saura ce qu'il a avancé et retardé

82:5 — Même réponse, même rendu.

يَٰٓأَيُّهَا ٱلْإِنسَٰنُ إِنَّكَ كَادِحٌ

Ô être humain ! Tu avances certes laborieusement vers ton Tuteur

84:6 — Variante : la série débouche sur une interpellation directe.
La question أَلَمْ porte sur tous les verbes qui la suiventétablie

Énoncé. Quand une question commence par أَلَمْ (« N'est-ce pas que … ne … pas ? ») et que d'autres verbes lui sont coordonnés par وَ ou فَ, la question ne s'arrête pas au premier verbe : elle porte sur chacun. La traduction répète donc la question devant chaque verbe.

Verdict. Règle établie. La question est reprise sur chaque verbe dans les trois séries et dans les six langues.

Preuve

L'arabe n'écrit أَلَمْ qu'une fois, en tête ; les verbes suivants sont reliés par وَ. Mais ils restent sous la question. En 93:6-8 : « أَلَمْ يَجِدْكَ يَتِيمًۭا فَـَٔاوَىٰ وَوَجَدَكَ ضَآلًّۭا فَهَدَىٰ وَوَجَدَكَ عَآئِلًۭا فَأَغْنَىٰ ». Le second et le troisième وَجَدَكَ ne sont pas des affirmations isolées : le texte demande trois fois « ne t'a-t-Il pas trouvé … ? ».

Le français et les autres langues n'ont pas ce mécanisme : si la question n'est pas répétée, les verbes suivants deviennent des affirmations, ou la question s'efface. La traduction reprend donc la question sur chaque verbe : « Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin … ? Ne t'a-t-Il pas trouvé égaré … ? Ne t'a-t-Il pas trouvé démuni … ? ».

La règle se vérifie sur les trois séries où elle se présente dans les sourates courtes (93:6-8, 94:1-3, 105:2-5).

Exemples

أَلَمْ يَجِدْكَ يَتِيمًۭا فَـَٔاوَىٰ وَوَجَدَكَ ضَآلًّۭا فَهَدَىٰ وَوَجَدَكَ عَآئِلًۭا فَأَغْنَىٰ

Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin, puis accueilli ? Ne t'a-t-Il pas trouvé égaré, puis guidé ? Ne t'a-t-Il pas trouvé démuni, puis enrichi ?

93:6-8 — Un seul أَلَمْ en arabe, trois questions dans la traduction.

أَلَمْ نَشْرَحْ لَكَ صَدْرَكَ وَوَضَعْنَا عَنكَ وِزْرَكَ

N'avons-Nous pas ouvert ta poitrine ? N'avons-Nous pas ôté ton fardeau

94:1-2 — Ici, وَوَضَعْنَا reste sous la question de أَلَمْ نَشْرَحْ.
« أَلَمْ تَرَ » : « N'as-tu pas vu »établie

Énoncé. La question « أَلَمْ تَرَ » est à l'accompli : elle se traduit toujours « N'as-tu pas vu », qu'elle soit suivie de أَنَّ (un fait : « N'as-tu pas vu que … ») ou de إِلَىٰ (un groupe de personnes : « N'as-tu pas vu ceux … »).

Verdict. Règle établie. 33 phrases, un seul rendu dans les six langues.

Preuve

La question en لَمْ porte sur le passé : elle ne demande pas « Ne vois-tu pas ? », mais « N'as-tu pas vu ? » : le lecteur est renvoyé à ce qu'il a déjà eu sous les yeux.

Elle se construit de deux façons :

  • avec أَنَّ, sur un fait : « أَلَمْ تَرَ أَنَّ ٱللَّهَ يَعْلَمُ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ », « N'as-tu pas vu que Dieu sait ce qui est dans les cieux » (58:7) ;
  • avec إِلَىٰ, sur un groupe : « أَلَمْ تَرَ إِلَى ٱلَّذِينَ نُهُوا۟ عَنِ ٱلنَّجْوَىٰ », « N'as-tu pas vu ceux à qui le conciliabule fut interdit » (58:8).

Dans la sourate 58, la question ouvre successivement plusieurs blocs (58:7, 58:8, 58:14) : elle structure la sourate. Les 33 phrases concernées sont rendues de la même façon.

Exemples

أَلَمْ تَرَ أَنَّ ٱللَّهَ يَعْلَمُ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ

N'as-tu pas vu que Dieu sait ce qui est dans les cieux

58:7 — Avec أَنَّ : un fait.

أَلَمْ تَرَ إِلَى ٱلَّذِينَ نُهُوا۟ عَنِ ٱلنَّجْوَىٰ

N'as-tu pas vu ceux à qui le conciliabule fut interdit

58:8 — Avec إِلَىٰ : un groupe de personnes.
« Et qui te donnera idée de ce qu'est … ? » : la question qui annonce une définitionétablie

Énoncé. La formule « وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا … » pose une question sur un mot que le lecteur croit connaître, pour lui dire qu'il ne le connaît pas encore. Dans la plupart des cas, la réponse suit immédiatement : le verset suivant définit le mot. La formule est traduite partout « Et qui te donnera idée de ce qu'est … ? ».

Verdict. Règle établie. 13 occurrences, un rendu unique par langue ; définition immédiate dans 10 cas sur 13.

Preuve

La formule revient 13 fois, dans 12 phrases. Dix fois sur treize, la définition suit aussitôt :

  • « وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا ٱلْحُطَمَةُ », la Broyeuse ? « نَارُ ٱللَّهِ ٱلْمُوقَدَةُ », le feu de Dieu, embrasé (104:5-6) ;
  • « وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا لَيْلَةُ ٱلْقَدْرِ », la nuit de la Mesure ? « لَيْلَةُ ٱلْقَدْرِ خَيْرٌۭ مِّنْ أَلْفِ شَهْرٍۢ », meilleure que mille mois (97:2-3) ;
  • de même pour سَقَر (74:27-30) et pour القارعة (101:3, puis 101:4-5).

Dans les trois autres cas, la définition n'est pas immédiate ; en 69:3, la question sur « celle qui avère le réel » est suivie du récit des peuples qui l'ont démentie (69:4).

Le verbe أَدْرَىٰ (forme IV de درى) veut dire « donner idée » : درى n'est pas le savoir (علم), mais l'idée qu'on se fait d'une chose. La question ne demande pas « que sais-tu ? », mais « qui t'en donnera idée ? ». Le rendu est fixé dans les six langues : « qui te donnera idée », « what will give you an idea », « quién te dará idea », « chi ti darà idea », « apa yang memberimu gambaran », « что даст тебе представление ».

Exemples

وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا ٱلْحُطَمَةُ نَارُ ٱللَّهِ ٱلْمُوقَدَةُ

Et qui te donnera idée de ce qu'est la Broyeuse ? ‖ Le feu de Dieu, allumé

104:5-6 — La question, puis la définition au verset suivant.

وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا لَيْلَةُ ٱلْقَدْرِ لَيْلَةُ ٱلْقَدْرِ خَيْرٌۭ مِّنْ أَلْفِ شَهْرٍۢ

Et qui te donnera idée de ce qu'est la nuit de la Mesure ? ‖ La nuit de la Mesure est meilleure que mille mois.

97:2-3 — La définition reprend le mot lui-même.

وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا ٱلْحَآقَّةُ

Et qui te donnera idée de ce qu'est celle qui avère le réel ?

69:3 — Pas de définition immédiate : le texte enchaîne sur ceux qui l'ont démentie (69:4).
Les séries en أم : « Ou bien … ? »établie

Énoncé. Quand le Coran enchaîne des questions ouvertes par أم, chacune démonte une prétention de l'interlocuteur. Chaque أم qui ouvre une question se rend « Ou bien … ? », toujours de la même façon, pour que la série reste visible.

Verdict. Règle établie. Chaque أم qui ouvre une question se rend « Ou bien … ? ».

Preuve

La particule أم de rupture ne relie pas deux termes d'un choix : elle ouvre une nouvelle hypothèse, après que la précédente est tombée. La série de 52:29-43 en compte une douzaine, qui passent en revue toutes les échappatoires : la parole d'un poète, la raison, l'invention, la création, les trésors, l'échelle vers le ciel, les filles attribuées à Dieu, le salaire, ce qui échappe aux sens, le stratagème, une autre divinité. Exemples : « Ou bien ont-ils été créés à partir de rien, ou sont-ils eux-mêmes les créateurs ? » (52:35) ; « Ou bien ont-ils une autre divinité que Dieu ? » (52:43).

Quand une même question contient deux أم, le second propose l'autre branche de l'alternative et se rend simplement « ou » (52:35, 52:37).

La même forme se retrouve en 68:37-47 (« Ou bien ont-ils des associés ? », 68:41) et en 67:16-21.

Exemples

أَمْ يَقُولُونَ شَاعِرٌۭ

Ou bien disent-ils

52:30 — La première question de la série.

أَمْ خُلِقُوا۟ مِنْ غَيْرِ شَىْءٍ

Ou bien ont-ils été créés à partir de rien, ou sont-ils eux-mêmes les créateurs ?

52:35 — Deux أم : le premier ouvre la question (« Ou bien »), le second propose l'alternative (« ou »).

أَمْ لَهُمْ إِلَٰهٌ غَيْرُ ٱللَّهِ

Ou bien ont-ils une autre divinité que Dieu ?

52:43 — La dernière hypothèse de la série.

أَمْ لَهُمْ شُرَكَآءُ

Ou bien ont-ils des associés ?

68:41 — La même série, dans la sourate 68.
« Est-ce vous qui … ou sommes-Nous … ? » : la même racine des deux côtésétablie

Énoncé. Dans la sourate 56, quatre questions confrontent l'être humain à ce qu'il croit faire lui-même : « أَأَنتُمْ تَـX أَمْ نَحْنُ ٱلـX-ونَ ». Le verbe prêté à l'homme et le nom d'agent donné à Dieu viennent de la même racine ; la traduction garde cette racine commune des deux côtés.

Verdict. Règle établie. Série unique dans le corpus ; quatre paires, chacune avec la même racine des deux côtés, dans les six langues.

Preuve

Les quatre paires, en 56:58-72 :

  • la semence : « ءَأَنتُمْ تَخْلُقُونَهُۥٓ أَمْ نَحْنُ ٱلْخَٰلِقُونَ », « Est-ce vous qui le créez, ou sommes-Nous le Créateur ? » ;
  • le champ : « ءَأَنتُمْ تَزْرَعُونَهُۥٓ أَمْ نَحْنُ ٱلزَّٰرِعُونَ », « Est-ce vous qui le semez, ou sommes-Nous le Semeur ? » ;
  • l'eau : « أَنزَلْتُمُوهُ … أَمْ نَحْنُ ٱلْمُنزِلُونَ », « Est-ce vous qui l'avez fait descendre des nuages, ou sommes-Nous Celui qui la fait descendre ? » ;
  • le feu : « أَنشَأْتُمْ شَجَرَتَهَآ أَمْ نَحْنُ ٱلْمُنشِـُٔونَ », « Est-ce vous qui avez fait naître son arbre, ou sommes-Nous Celui qui le fait naître ? ».

La force de la question vient de ce que le même verbe revient dans la réponse : l'homme sème, mais qui est le Semeur ? Si la traduction employait deux mots différents (« faire germer » / « le Semeur »), l'opposition se brouillerait. C'est pourquoi زرع et نشأ gardent chacun leur mot, dans chaque langue.

Exemples

ءَأَنتُمْ تَزْرَعُونَهُۥٓ أَمْ نَحْنُ ٱلزَّٰرِعُونَ

Est-ce vous qui le semez, ou sommes-Nous le Semeur ?

56:64 — Ici, زرع des deux côtés : « semer » / « le Semeur ».

ءَأَنتُمْ تَخْلُقُونَهُۥٓ أَمْ نَحْنُ ٱلْخَٰلِقُونَ

Est-ce vous qui le créez, ou sommes-Nous le Créateur ?

56:59 — Ici, خلق : « créer » / « le Créateur ».

ءَأَنتُمْ أَنشَأْتُمْ شَجَرَتَهَآ أَمْ نَحْنُ ٱلْمُنشِـُٔونَ

Est-ce vous qui avez fait naître son arbre, ou sommes-Nous Celui qui le fait naître ?

56:72 — Ici, نشأ : « faire naître », distinct de زرع.
« Maintenant ?! » : la foi déclarée trop tardétablie

Énoncé. La formule « ءَآلْـَٰٔنَ وَقَدْ … », « Maintenant ?! alors que … », refuse une foi déclarée au moment où la peine arrive. Elle est dite deux fois dans la sourate 10 et reçoit le même rendu ; le peuple de Younes est l'exception, parce que sa foi est venue avant.

Verdict. Règle établie. Deux occurrences identiques, une exception dans la même sourate, et le principe confirmé en 40:84-85.

Preuve

La hamza interrogative posée sur le mot « maintenant » (ٱلْـَٰٔنَ) fait de la question un reproche : il est trop tard. Les deux occurrences :

  • 10:51, à ceux qui demandaient qu'on hâte la peine : « ءَآلْـَٰٔنَ وَقَدْ كُنتُم بِهِۦ تَسْتَعْجِلُونَ », « Maintenant ?! Alors que vous cherchiez à la hâter ! » ;
  • 10:91, à Fir'awn qui se noie et déclare croire : « ءَآلْـَٰٔنَ وَقَدْ عَصَيْتَ قَبْلُ », « Maintenant ?! Alors que tu as désobéi auparavant ».

La même sourate donne l'exception : « إِلَّا قَوْمَ يُونُسَ لَمَّآ ءَامَنُوا۟ », le peuple de Younes, dont la foi, venue avant l'exécution, lui a profité (10:98).

Le principe se retrouve hors de la sourate 10, sans la formule : « فَلَمْ يَكُ يَنفَعُهُمْ إِيمَٰنُهُمْ لَمَّا رَأَوْا۟ بَأْسَنَا », « leur foi ne leur profita pas, une fois qu'ils virent Notre rigueur » (40:85). Voir aussi la règle « “Maintenant ?!” : la question qui reproche le retard », qui décrit le procédé grammatical.

Exemples

ءَآلْـَٰٔنَ وَقَدْ عَصَيْتَ قَبْلُ

Maintenant ?! alors que tu as désobéi auparavant

10:91 — À Fir'awn qui se noie.

ءَآلْـَٰٔنَ وَقَدْ كُنتُم بِهِۦ تَسْتَعْجِلُونَ

Maintenant ?! Alors que vous cherchiez à la hâter !

10:51 — Même formule, même rendu.

إِلَّا قَوْمَ يُونُسَ لَمَّآ ءَامَنُوا۟

sauf le peuple de Younes ! Quand ils crurent

10:98 — L'exception : une foi venue avant la peine.

فَلَمْ يَكُ يَنفَعُهُمْ إِيمَٰنُهُمْ لَمَّا رَأَوْا۟ بَأْسَنَا

Mais leur foi ne leur profita pas, une fois qu'ils virent Notre rigueur

40:85 — Le principe hors de la sourate 10, sans la formule.
« Maintenant ?! » : la question qui reproche le retardétablie

Énoncé. Quand la hamza interrogative se pose sur un mot de temps, comme ثُمَّ (« ensuite ») ou ٱلْـَٰٔنَ (« maintenant »), la question ne demande rien : elle reproche le moment, trop tardif, où une croyance est enfin déclarée.

Verdict. Règle établie. Voir aussi RD-55.

Preuve

Le procédé apparaît deux fois en 10:51, pour ceux qui hâtaient la peine : « Est-ce donc seulement une fois qu'elle sera survenue que vous y croirez ? Maintenant ?! Alors que vous cherchiez à la hâter ! » La question أَثُمَّ porte sur « ensuite », la question ءَآلْـَٰٔنَ sur « maintenant ».

Il revient en 10:91, adressé à Fir'awn qui se noie et déclare enfin sa foi : « Maintenant ?! Alors que tu as désobéi auparavant ».

Dans les deux cas, ce n'est pas la foi qui est mise en question, mais son heure : déclarée devant la peine, elle ne sert plus. La traduction garde la forme interrogative et la marque d'indignation (« ?! »).

L'application de ce procédé à la sourate 10, avec l'exception du peuple de Younes (10:98), est l'objet de RD-55.

Exemples

أَثُمَّ إِذَا مَا وَقَعَ ءَامَنتُم بِهِۦٓ ءَآلْـَٰٔنَ

Est-ce donc seulement une fois qu'elle sera survenue que vous y croirez ? ‖ Maintenant ?! Alors que vous cherchiez à la hâter !

10:51 — Deux mots de temps sous la hamza dans le même verset : أَثُمَّ puis ءَآلْـَٰٔنَ.

ءَآلْـَٰٔنَ وَقَدْ عَصَيْتَ قَبْلُ

Maintenant ?! alors que tu as désobéi auparavant

10:91 — Adressé à Fir'awn : la foi déclarée au moment de la noyade.
Les particules سوف et لن ne forment pas une paireécartée

Énoncé. La règle proposée faisait de سوف (futur affirmé) et de لن (futur nié) une paire symétrique, employée de préférence pour annoncer une peine. Ni la symétrie ni la préférence ne résistent au corpus.

Verdict. Écartée. Comptes erronés, symétrie non fondée, préférence non vérifiée.

Preuve

Pas de symétrie dans les nombres : le corpus compte 42 occurrences de سوف et 103 de لن. L'hypothèse s'appuyait sur des chiffres (42 et 45) que le texte ne confirme pas.

Pas de symétrie dans la fonction : لن nie un futur (« vous ne le ferez jamais », 2:24), mais son pendant affirmatif n'est pas سوف seul ; le futur affirmé s'exprime aussi par le préfixe سَ, et par bien d'autres moyens.

Pas de préférence pour la peine : سوف annonce aussi une dotation, « Et ton Tuteur te conférera certes Ses dotations, et tu seras satisfait » (93:5) ; لن sert à exhorter, « La vertu ne vous échoira que si vous dépensez de ce que vous aimez » (3:92), ou à rapporter une prétention que le texte démolit, « Le Feu ne nous touchera que pour des jours nombrés » (2:80).

Chacune des deux particules a son sens propre, et la traduction le rend ; les réunir en paire n'apporte rien.

Exemples

وَلَسَوْفَ يُعْطِيكَ رَبُّكَ فَتَرْضَىٰٓ

Et ton Tuteur te conférera certes Ses dotations, et tu seras satisfait.

93:5 — La particule سوف annonce une dotation, non une peine.

لَن تَنَالُوا۟ ٱلْبِرَّ

La vertu ne vous échoira que si vous dépensez de ce que vous aimez.

3:92 — La particule لن exhorte : aucune menace.

لَن تَمَسَّنَا ٱلنَّارُ

Le Feu ne nous touchera que pour des jours nombrés.

2:80 — La particule لن dans une prétention rapportée, que le texte réfute aussitôt.
Pas de « système modal global »écartée

Énoncé. Hypothèse examinée : trois ensembles de particules (les conditionnelles, le futur affirmé ou nié, et la paire كي / لعل) formeraient un système unique, gradué selon la certitude. Le regroupement n'ajoute rien à ce qui est déjà établi, et deux de ses trois pièces ne tiennent pas.

Verdict. Écartée. Seule la règle des conditionnelles demeure, avec sa propre fiche.

Preuve

La première pièce, les trois conditionnelles, est juste ; elle a sa propre fiche (« Quand, si, si seulement : les trois conditions »).

La deuxième pièce, la paire سوف / لن, est rejetée : ni symétrie ni préférence vérifiée.

La troisième pièce, كي / لعل, ne forme pas une gradation. La particule كي donne le but d'un acte : « afin que cela n'aille pas de l'un à l'autre parmi les riches d'entre vous » (59:7). La particule لعل exprime une attente ouverte, que la traduction rend par « peut-être » : « peut-être vous prémunirez-vous » (2:21). Ce ne sont pas deux degrés d'une même finalité, mais deux choses différentes.

Une synthèse dont les pièces tombent ne peut pas être une règle.

Exemples

كَىْ لَا يَكُونَ دُولَةًۢ

afin que cela n'aille pas de l'un à l'autre parmi les riches d'entre vous

59:7 — La particule كي : le but d'une disposition, posé comme tel.

لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ

peut-être vous prémunirez-vous

2:21 — La particule لعل : une attente ouverte, pas un degré de la même finalité.

Grammaire

Le pronom féminin suit le genre du mot, pas le sexeétablie

Énoncé. Les pronoms هِيَ (« elle ») et هُنَّ (« elles ») renvoient aussi bien à des femmes qu'à des choses dont le nom est grammaticalement féminin : une vache, un bâton, des versets, des idoles. L'accord suit le genre du mot repris, jamais une idée de sexe.

Verdict. Règle établie. Connue de la grammaire arabe, elle se vérifie sur les exemples du Coran.

Preuve

Les exemples :

  • « يُبَيِّن لَّنَا مَا هِىَ », « qu'Il nous précise ce qu'elle est » (2:68, 2:70) : هِيَ renvoie à la vache (بَقَرَة) ;
  • « هِىَ عَصَاىَ », « C'est mon bâton » (20:18) : عَصًا est féminin ;
  • « هُنَّ أُمُّ ٱلْكِتَٰبِ », « qui sont la matrice de l'Écriture » (3:7) : هُنَّ renvoie aux versets (آيَات) ;
  • « هَلْ هُنَّ كَٰشِفَٰتُ ضُرِّهِۦٓ », « celles-ci pourraient-elles me soulager de Son préjudice ? » (39:38) : هُنَّ renvoie aux idoles invoquées.

Le même pronom sert pour des femmes : « هُنَّ لِبَاسٌۭ لَّكُمْ », « elles sont un vêtement pour vous » (2:187). Aucune marque ne distingue les deux emplois ; seul le contexte le fait.

Pour la traduction, la conséquence est simple : traduire هي par « elle » quand le nom repris est une chose fait croire au lecteur qu'il s'agit d'une personne. En anglais, « it » rend la chose, ainsi en 2:68 et 2:70, « what it is ».

Exemples

قَالَ هِىَ عَصَاىَ

C'est mon bâton

20:18 — Ici, هِيَ pour un objet : le bâton.

ٱدْعُ لَنَا رَبَّكَ يُبَيِّن لَّنَا مَا هِىَ

qu'Il nous précise ce qu'elle est

2:68 — Ici, هِيَ pour la vache (2:68 ; même formule en 2:70).

هُنَّ أُمُّ ٱلْكِتَٰبِ

qui sont la matrice de l'Écriture

3:7 — Ici, هُنَّ pour des versets.

هُنَّ لِبَاسٌۭ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌۭ لَّهُنَّ

elles sont un vêtement pour vous

2:187 — Le même pronom pour des femmes : seul le contexte distingue.
Le pronom duel ne marque pas le genreétablie

Énoncé. Le pronom du duel, هُمَا (« eux deux »), est le même que les deux personnes soient deux hommes, deux femmes, ou un homme et une femme. Au pluriel, en revanche, l'arabe distingue هُمْ (masculin ou mixte) et هُنَّ (féminin).

Verdict. Règle établie pour les pronoms. Le verbe au duel conserve le genre.

Preuve

Deux exemples côte à côte :

  • 46:17 : « وَهُمَا يَسْتَغِيثَانِ ٱللَّهَ », « tandis que tous deux implorent le secours de Dieu » : هُمَا désigne le père et la mère, une paire mixte ;
  • 9:40 : « إِذْ هُمَا فِى ٱلْغَارِ », « quand ils étaient tous deux dans la grotte » : هُمَا désigne deux hommes.

La forme ne change pas. Au pluriel, la distinction existe : « هُنَّ لِبَاسٌۭ لَّكُمْ », « elles sont un vêtement pour vous » (2:187).

La règle concerne les pronoms seulement. Le verbe au duel, lui, garde le genre : قَالَا (« ils dirent, eux deux ») face à قَالَتَا (« elles dirent, elles deux »). Pour la traduction, le genre d'une paire se lit donc dans le verbe ou dans le contexte, non dans le pronom.

Exemples

وَهُمَا يَسْتَغِيثَانِ ٱللَّهَ

tandis que tous deux appellent Dieu à la rescousse

46:17 — Ici, هُمَا : le père et la mère.

إِذْ هُمَا فِى ٱلْغَارِ

quand ils étaient tous deux dans la grotte

9:40 — Ici, هُمَا : deux hommes. Même forme.
Démonstratif et pronom d'adresse soudés : ذَٰلِكُمْ, تِلْكُمْ, تِلْكُمَاétablie

Énoncé. Le démonstratif de l'éloignement (ذَٰلِكَ, تِلْكَ) peut s'accorder, par son suffixe, avec ceux à qui l'on parle : ذَٰلِكُمْ (« cela, ô vous »), تِلْكُمْ (féminin, à plusieurs), تِلْكُمَا (féminin, à deux). Le genre du démonstratif suit la chose montrée ; le suffixe suit les interlocuteurs.

Verdict. Règle établie. Le procédé est systématique.

Preuve

Le suffixe كَ de ذَٰلِكَ n'est pas un pronom complément : c'est une marque d'adresse, qui dit à qui l'on montre la chose. Le corpus la fait varier selon le nombre des interlocuteurs :

  • la forme ذَٰلِكُمْ, 47 fois, quand on s'adresse à plusieurs : « ذَٰلِكُمْ أَزْكَىٰ لَكُمْ وَأَطْهَرُ », « Cela est plus pur pour vous, et plus net » (2:232) ;
  • la forme تِلْكُمْ, une fois, chose féminine montrée à plusieurs : « أَن تِلْكُمُ ٱلْجَنَّةُ », « Voici le Jardin » (7:43) ;
  • la forme تِلْكُمَا, une fois, chose féminine montrée à deux : Adam et son épouse, « أَلَمْ أَنْهَكُمَا عَن تِلْكُمَا ٱلشَّجَرَةِ », « Ne vous avais-Je pas interdit cet arbre ? » (7:22).

Le procédé est systématique : la base varie selon la chose (ذا / تي), le suffixe selon les interlocuteurs (كَ / كُمْ / كُمَا). La traduction n'a pas d'équivalent ; elle rend le démonstratif et laisse le contexte dire à qui l'on parle (« vous deux » en 7:22).

Exemples

أَلَمْ أَنْهَكُمَا عَن تِلْكُمَا ٱلشَّجَرَةِ

Ne vous avais-Je pas interdit cet arbre

7:22 — Ici, تِلْكُمَا : l'arbre (féminin) montré à deux.

أَن تِلْكُمُ ٱلْجَنَّةُ

Voici le Jardin

7:43 — Ici, تِلْكُمْ : le Jardin (féminin) montré à plusieurs.

ذَٰلِكُمْ أَزْكَىٰ لَكُمْ وَأَطْهَرُ

Cela est plus pur pour vous, et plus net.

2:232 — Ici, ذَٰلِكُمْ, la forme la plus fréquente (47 occurrences).
Le masculin, forme par défaut du relatif et du démonstratifécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : le déséquilibre entre formes masculines et féminines (ٱلَّذِى / ٱلَّتِى, ذَٰلِكَ / تِلْكَ) serait si fort et si régulier qu'il prouverait que le masculin sert de forme par défaut pour tout emploi générique.

Verdict. Écartée. Chiffres faux ; le fait réel (ذلك neutre) est connu de la grammaire classique et ne demande pas cette règle.

Preuve

L'hypothèse s'appuyait sur deux rapports chiffrés : ٱلَّذِى 307 contre ٱلَّتِى 17 (plus de 18 pour 1), et ذَٰلِكَ 150 contre تِلْكَ 13.

Le compte réel des mots du Coran donne d'autres chiffres : ٱلَّذِى 303 contre ٱلَّتِى 68, soit un rapport d'environ 4,5 pour 1 ; ذَٰلِكَ 424 contre تِلْكَ 41. Le premier rapport, qui portait l'argument, est quatre fois plus faible qu'annoncé.

Que ذَٰلِكَ s'emploie de façon neutre (« cela ») pour reprendre une idée ou une situation est un fait connu de la grammaire classique ; il n'a pas besoin d'une démonstration statistique, et celle qui était proposée reposait sur des chiffres faux.

Exemples

ذَٰلِكُمْ أَزْكَىٰ لَكُمْ وَأَطْهَرُ

Cela est plus pur pour vous, et plus net.

2:232 — Un démonstratif masculin neutre (« cela ») : fait classique, qui ne prouve pas la thèse statistique.
Un gradient de neutralisation du genre selon le nombreécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : plus on s'éloigne du singulier, plus le genre s'efface : marqué au singulier, partiellement neutralisé au duel, totalement neutralisé au pluriel.

Verdict. Écartée. Le pluriel distingue هم et هن ; l'hypothèse contredit la règle « Le pronom duel ne marque pas le genre ».

Preuve

Les deux premiers degrés sont justes : le singulier distingue هَٰذَا / هَٰذِهِۦ, ذَٰلِكَ / تِلْكَ ; le pronom duel هُمَا ne marque pas le genre (règle « Le pronom duel ne marque pas le genre »).

Le troisième degré est faux. Le pluriel ne neutralise pas le genre : il distingue هُمْ (masculin ou mixte) et هُنَّ (féminin), et les verbes ont un féminin pluriel. Le corpus en donne des exemples nets : « هُنَّ لِبَاسٌۭ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌۭ لَّهُنَّ », « elles sont un vêtement pour vous, et vous êtes un vêtement pour elles » (2:187).

L'hypothèse contredit d'ailleurs la règle du duel (« Le pronom duel ne marque pas le genre »), qui montre précisément que le pluriel maintient l'opposition. Le « gradient » ne tient pas.

Exemples

هُنَّ لِبَاسٌۭ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌۭ لَّهُنَّ

elles sont un vêtement pour vous, et vous êtes un vêtement pour elles

2:187 — Au pluriel, le féminin هُنَّ est bien distinct : pas de neutralisation.
Le nom répété au lieu du pronomécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : quand le Coran répète un nom là où un pronom suffirait, ce serait pour isoler chaque occurrence et lui donner un poids propre.

Verdict. Écartée. Le fait est réel, mais l'explication proposée n'est pas vérifiable sur le texte ; la conséquence de traduction est déjà fixée par une autre règle.

Preuve

Le fait de départ est réel. En 114:1-3, « les humains » revient trois fois de suite : « Tuteur des humains, Souverain des humains, Divinité des humains », alors que l'arabe pouvait écrire « مَلِكِهِمْ » (« leur Souverain ») après la première mention.

Mais l'hypothèse ne dit pas seulement que le nom est répété : elle affirme pourquoi il l'est (« pour isoler chaque occurrence »). Aucun examen du texte ne peut confirmer ou réfuter cette raison. Il faudrait d'ailleurs montrer, cas par cas, qu'un pronom était possible à chaque endroit, ce que l'hypothèse ne fait pas.

Ce qui compte pour la traduction est déjà couvert ailleurs : une répétition du texte est gardée telle quelle et n'est pas remplacée par un pronom (voir la règle « La formule répétée : même arabe, même traduction »).

Exemples

بِرَبِّ ٱلنَّاسِ مَلِكِ ٱلنَّاسِ إِلَٰهِ ٱلنَّاسِ

sous l'égide du Tuteur des humains, le Souverain des humains, la Divinité des humains

114:1-3 — Le fait est réel : trois fois الناس, aucun pronom. C'est la raison avancée qui n'est pas vérifiable.
La voix verbale et la responsabilité de l'acteécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : le Coran emploierait l'actif pour attribuer un acte à son auteur et le passif pour retirer cette responsabilité, en effaçant l'agent.

Verdict. Écartée. Fondée sur une interprétation sans appui dans le texte, et contredite par des passifs dont l'agent est évident (2:183).

Preuve

L'hypothèse est née de 1:7, où le contraste est frappant : « أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ » (« Tu as comblé », l'agent est nommé, c'est Dieu) face à « ٱلْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ » (« ceux qui encourent la colère », sans agent nommé).

Mais le passif arabe a bien d'autres raisons que de retirer une responsabilité : l'agent peut être évident, connu de tous, ou sans importance pour le propos. En 2:183, « كُتِبَ عَلَيْكُمُ ٱلصِّيَامُ » (« l'abstention vous est prescrite ») est au passif, alors que l'auteur de la prescription ne fait aucun doute : le passif ne retire ici aucune responsabilité.

Le test annoncé (« participes passifs suivis de عليهم ou d'un complément ») n'a jamais été mené, et la règle repose sur une interprétation du motif, que le texte ne permet ni de confirmer ni de réfuter. Le principe de traduction qui en reste, ne pas ajouter d'agent là où le texte n'en met pas, est une évidence de méthode et n'a pas besoin d'une règle propre.

Exemples

أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ ٱلْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ

ceux que Tu as comblés de Ton bienfait, non de ceux qui encourent la colère

1:7 — Le contraste qui a fait naître l'hypothèse : agent nommé, puis agent absent.

كُتِبَ عَلَيْكُمُ ٱلصِّيَامُ

l'abstention vous est prescrite

2:183 — Passif dont l'auteur est évident : le passif n'efface ici aucune responsabilité.
L'aspect verbal porte le sensécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : dans le Coran, le verbe conjugué dirait un acte, le participe un état, et l'accompli toujours le passé ; la traduction devrait donc rendre chaque accompli par un passé.

Verdict. Écartée telle qu'énoncée : « accompli = passé » est contredit par les séries en إذا (81:1-14, 82:1-5, 84:1-5). Les cas démontrés vivent dans RD-43 et APP-04.

Preuve

Une partie de l'intuition est juste, et des corrections en sont sorties : en 102:1-2, « أَلْهَىٰكُمُ ٱلتَّكَاثُرُ حَتَّىٰ زُرْتُمُ ٱلْمَقَابِرَ » est désormais rendu au passé, « La course à l'accumulation vous a distraits, jusqu'à ce que vous ayez visité les tombes » ; en 104:3, « مَالَهُۥٓ أَخْلَدَهُۥ », « son bien l'a rendu éternel ».

Mais l'énoncé général, « accompli = passé », est faux dans le corpus. Après إِذَا, l'accompli annonce ce qui arrivera : « إِذَا ٱلشَّمْسُ كُوِّرَتْ », « Quand le soleil sera enroulé » (81:1) ; « إِذَا ٱلسَّمَآءُ ٱنفَطَرَتْ », « Quand le ciel se fendra » (82:1). Ces séries décrivent la fin du monde, qui n'a pas encore eu lieu ; les traduire au passé serait un contresens. L'arabe emploie ici l'accompli pour dire que l'événement est certain, non qu'il est passé.

Les cas où l'aspect est démontré et porte le sens sont fixés séparément : RD-43 (سبّح « a glorifié » face à يسبّح « glorifie ») et l'apprentissage APP-04.

Exemples

أَلْهَىٰكُمُ ٱلتَّكَاثُرُ حَتَّىٰ زُرْتُمُ ٱلْمَقَابِرَ

La course à l'accumulation vous a distraits, jusqu'à ce que vous ayez visité les tombes.

102:1-2 — Ce que l'intuition a permis de corriger : l'accompli rendu au passé.

إِذَا ٱلشَّمْسُ كُوِّرَتْ

Quand le soleil sera enroulé

81:1 — Accompli après إذا : un événement à venir, certain. Le traduire au passé serait un contresens.

إِذَا ٱلسَّمَآءُ ٱنفَطَرَتْ

Quand le ciel se fendra

82:1 — Même construction, même valeur de futur.
« Ou » contre « puis » dans les listes de peinesécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : dans les séries de mesures, le Coran emploierait أَوْ (« ou ») pour laisser le choix entre elles, et ثُمَّ ou وَ (« puis », « et ») pour les cumuler, et cette opposition serait une règle du corpus.

Verdict. Écartée. Une seule paire de passages, et une distinction qui relève de la grammaire ordinaire.

Preuve

L'hypothèse vient de la comparaison de deux passages qui énumèrent les mêmes peines. En 5:33, la rétribution de ceux qui font la guerre à Dieu est donnée en alternative : « qu'ils soient massacrés, ou crucifiés, ou que leurs mains et leurs pieds soient coupés en alternance, ou qu'ils soient bannis ». En 7:124, Fir'awn menace les magiciens de tout à la fois : « Je vous couperai les mains et les pieds, en alternance, puis je vous crucifierai ».

Le contraste est réel et la traduction le respecte. Mais il ne repose que sur une paire de passages, et la différence entre أو (alternative) et ثمّ / و (succession, cumul) est la grammaire ordinaire de l'arabe : elle ne demande pas de règle propre au corpus. Aucune autre série n'a été relevée qui montrerait une régularité au-delà de ce sens courant.

Exemples

أَن يُقَتَّلُوٓا۟ أَوْ يُصَلَّبُوٓا۟ أَوْ تُقَطَّعَ أَيْدِيهِمْ وَأَرْجُلُهُم مِّنْ خِلَٰفٍ أَوْ يُنفَوْا۟ مِنَ ٱلْأَرْضِ

qu'ils soient massacrés, ou crucifiés, ou que leurs mains et leurs pieds soient coupés en alternance, ou qu'ils soient exilés de la terre

5:33 — Ici, أو : des peines en alternative.

لَأُقَطِّعَنَّ أَيْدِيَكُمْ وَأَرْجُلَكُم مِّنْ خِلَٰفٍۢ ثُمَّ لَأُصَلِّبَنَّكُمْ أَجْمَعِينَ

Je vous couperai assurément les mains et les pieds, en alternance, puis je vous crucifierai assurément tous ensemble.

7:124 — Ici, ثمّ : les peines s'additionnent. Le contraste est réel, mais il ne fait qu'appliquer la grammaire ordinaire.
Qad suivi d'un inaccompli : l'échéance certaineétablie

Énoncé. Quand قَدْ précède un verbe à l'inaccompli, il annonce ce qui viendra, avec certitude : « il viendra le moment où … ». « وَقَد تَّعْلَمُونَ أَنِّى رَسُولُ ٱللَّهِ إِلَيْكُمْ » : vous saurez certes que je suis le messager de Dieu envoyé vers vous.

Verdict. Règle établie. Vérifiée sur les huit occurrences du corpus ; aucune ne résiste.

Preuve

Le corpus compte huit occurrences, et toutes regardent vers un moment à venir :

  • 2:144 : « Nous verrons certes ton visage se retourner en tous sens dans le ciel » ; la suite est au futur : « Nous te donnerons donc pour cap un point de ralliement qui te satisfasse ».
  • 6:33, 15:97, 16:103 : « Nous saurons certes » ce qu'ils diront et ce qui affligera celui à qui le texte parle ; l'annonce le prépare.
  • 24:63 et 33:18 : « Dieu distinguera certes ceux d'entre vous » qui se dérobent ou font obstruction ; avec des personnes pour objet, le verbe se rend « distinguer », comme en 29:3 et 29:11.
  • 24:64 : « Il saura certes en quel état vous êtes », suivi du « jour où ils seront ramenés vers Lui ».
  • 61:5 : « Pourquoi m'importunez-vous, alors que vous saurez certes que je suis le messager de Dieu envoyé vers vous ? » ; le peuple de Moussa n'en est pas encore certain, il le saura.

Exemples

وَقَد تَّعْلَمُونَ أَنِّى رَسُولُ ٱللَّهِ إِلَيْكُمْ

alors que vous saurez certes que je suis le messager de Dieu envoyé vers vous

61:5 — Le peuple n'est pas encore certain : le moment viendra où il le saura.

قَدْ نَرَىٰ تَقَلُّبَ وَجْهِكَ فِى ٱلسَّمَآءِ

Nous verrons certes ton visage se retourner en tous sens dans le ciel

2:144 — La suite est au futur : « Nous te donnerons donc pour cap ».

قَدْ يَعْلَمُ مَآ أَنتُمْ عَلَيْهِ

Il saura certes en quel état vous êtes

24:64 — Le verset nomme le moment : « le jour où ils seront ramenés vers Lui ».

Mots et constructions

Pas de synonymes : le mot rare a une raisonétablie

Énoncé. Quand le Coran dispose d'un mot courant pour une chose et choisit, à un endroit précis, un mot rare, ce choix n'est jamais un simple effet de style : le mot rare porte une nuance que le contraste avec le mot courant permet de démontrer.

Verdict. Règle établie. La traduction garde la distinction : « cou » pour عُنُق, « col » pour جِيد.

Preuve

Le cas fondateur est celui du cou. Le mot courant est عُنُق (pluriel أَعْنَاق), et le corpus l'emploie toujours pour le cou comme lieu de contrainte ou de soumission : les carcans au cou (13:5, 34:33, 36:8), la main liée au cou (17:29), les cous qui restent soumis devant un signe (26:4). En 111:5, pour la femme d'Abu Lahab, le texte emploie un autre mot, unique dans le corpus : « فِى جِيدِهَا حَبْلٌۭ مِّن مَّسَدٍۭ ». Le جِيد est le cou en tant que lieu de parure, celui où l'on porte le collier ; le texte y place une corde de fibre. Le choix du mot rare fait de la peine une parure retournée.

La règle sert d'outil : devant un mot rare, on cherche le mot courant qui aurait pu être employé, et l'on lit la différence.

La traduction garde la distinction : عُنُق se rend « cou », جِيد « col » (en anglais neck / throat).

Exemples

فِى جِيدِهَا حَبْلٌۭ مِّن مَّسَدٍۭ

une corde de fibre tressée à son col

111:5 — Le mot rare جِيد, rendu « col » : le cou paré, où l'on porte le collier.

وَلَا تَجْعَلْ يَدَكَ مَغْلُولَةً إِلَىٰ عُنُقِكَ

Et ne rends pas ta main ligotée à ton cou

17:29 — Le mot courant عُنُق : le cou comme lieu de contrainte.
Un terme arabe, un mot par langueétablie

Énoncé. Chaque terme arabe reçoit un seul rendu dans chaque langue, et deux racines distinctes ne partagent jamais un même mot. Pas de doublet composé (« renier-désavouer ») pour un seul mot arabe, pas de mot commun à deux racines différentes.

Verdict. Règle établie comme norme de la traduction. Un écart connu reste ouvert (RD-40).

Preuve

Le Coran ne tient pas ses mots pour interchangeables : quand il emploie مَكَرَ et non كَادَ, ou ٱلرَّحْمَٰن et ٱلرَّحِيم côte à côte, la différence compte. Si la traduction donne le même mot à deux racines, le lecteur ne peut plus voir laquelle est employée ; si elle donne deux mots à une seule, il croit à une différence qui n'existe pas.

La règle a deux faces :

  • un terme, un rendu : ٱلرَّحْمَٰن est toujours « le Tout-Bienveillant », ٱلرَّحِيم toujours « le Bienveillant », et jamais l'inverse ;
  • deux racines, deux mots : pour « éprouver », ابتلى (« éprouver »), فتنة (« épreuve »), بلاء (« ce qui éprouve ») et امتحن (« examiner ») ne partagent aucun mot, dans aucune des six langues. En 21:35, deux de ces racines se suivent : « وَنَبْلُوكُم بِٱلشَّرِّ وَٱلْخَيْرِ فِتْنَةًۭ », « Nous vous éprouvons par le mal et par le bien, comme épreuve ».

Le principe vaut dans tout le Coran : chaque mot arabe garde son mot propre, et deux racines voisines ne partagent jamais un même mot (كفر / كذّب, مكر / كيد, ذنب / خطيئة, قسط / عدل…). Voir aussi RD-52, qui en détaille une application, et RD-40.

Exemples

ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ

le Tout-Bienveillant, le Bienveillant

1:1 — Deux mots de la même racine, deux rendus fixes qui ne s'échangent jamais.

وَنَبْلُوكُم بِٱلشَّرِّ وَٱلْخَيْرِ فِتْنَةًۭ

et Nous vous éprouvons par le mal et par le bien, comme épreuve

21:35 — Deux racines dans la même phrase (بلو, فتن), deux mots distincts.

وَمَكَرُوا۟ وَمَكَرَ ٱللَّهُ

Et ils complotèrent, et Dieu complota

3:54 — Ici, مكر a son mot (« comploter ») ; كيد a le sien : la paire a été séparée dans cinq langues.
« Éprouver » : quatre racines, quatre motsétablie

Énoncé. Quatre racines disent l'épreuve dans le Coran : ابتلى (« éprouver »), فتنة (« épreuve », « mettre à l'épreuve »), بلاء (« ce qui éprouve ») et امتحن (« examiner »). Dans chacune des six langues, elles reçoivent quatre mots distincts, et aucun mot n'est partagé. C'est une application détaillée de RD-44.

Verdict. Règle établie, application de RD-44. Quatre racines, quatre mots, dans les six langues.

Preuve

Les quatre racines ne disent pas la même chose :

  • avec ابتلى, Dieu éprouve pour révéler : « وَلَنَبْلُوَنَّكُم بِشَىْءٍۢ مِّنَ ٱلْخَوْفِ », « Et Nous vous éprouverons assurément par quelque peu de crainte » (2:155) ;
  • avec فتنة, l'épreuve qui trie et peut faire chuter : « وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ », « sans qu'ils soient mis à l'épreuve » (29:2) ;
  • avec امتحن, l'examen fait par des humains : « فَٱمْتَحِنُوهُنَّ », « examinez-les » (60:10).

Les rendus fixés : éprouver / test / probar / provare / menguji / испытывать pour ابتلى ; mettre à l'épreuve, épreuve / put to trial, try, trial / poner a prueba, prueba / mettere alla prova, prova / mencoba, cobaan / подвергать искусу, искус pour فتنة ; ce qui éprouve / a testing / lo que prueba / ciò che prova / ujian / испытание pour بلاء ; examiner / examine / examinar / esaminare / memeriksa / проверять pour امتحن.

Conséquence de la règle : un mot réservé à une racine n'est pas employé pour une autre. En espagnol, ذاق (« goûter ») se rend « gustar », car « probar » appartient à ابتلى. Le même principe sépare d'autres paires (خزي / ذلّ, دمّر / أهلك, جزاء / أجر, جحد / كفر, قسط / عدل, لعب / لهو, مآب / مأوى).

Exemples

وَلَنَبْلُوَنَّكُم بِشَىْءٍۢ مِّنَ ٱلْخَوْفِ

Nous vous éprouverons assurément par quelque peu de crainte

2:155 — Ici, ابتلى : « éprouver ».

أَحَسِبَ ٱلنَّاسُ أَن يُتْرَكُوٓا۟ أَن يَقُولُوٓا۟ ءَامَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ

sans qu'ils soient mis à l'épreuve

29:2 — Ici, فتنة : « mettre à l'épreuve ».

فَٱمْتَحِنُوهُنَّ

examinez-les

60:10 — Ici, امتحن : « examiner ».
Les noms de l'Heure : chacun dit ce qu'elle faitétablie

Énoncé. Le Coran nomme l'Heure par des participes actifs féminins employés seuls : الحاقة, القارعة, الواقعة, الطامة, الصاخة, الغاشية. Chacun la désigne par ce qu'elle fait, et chacun garde son propre rendu, sans jamais le partager avec un autre.

Verdict. Règle établie. Six noms, six rendus distincts.

Preuve

Six noms, six actions :

  • la forme الحاقة, « Celle qui avère le réel » (69:1-3) ;
  • la forme القارعة, « le Fracas », ce qui frappe soudainement (69:4, 101:1-3) ;
  • la forme الواقعة, « l'Événement », ce qui advient (56:1, 69:15) ;
  • la forme الطامة, « le grand Cataclysme », ce qui submerge (79:34) ;
  • la forme الصاخة, « l'Assourdissante », ce qui rend sourd (80:33) ;
  • la forme الغاشية, « la Recouvrante », ce qui recouvre (88:1).

Une règle de non-synonymie en découle : deux noms différents ne partagent pas un mot. C'est pourquoi الصاخة se rend « l'Assourdissante », sur le modèle de « la Recouvrante », et ne partage pas « Fracas » avec القارعة.

Le même schème, employé avec un nom indéterminé ou pour autre chose que l'Heure, ne relève pas de la règle : en 13:31, قَارِعَةٌ est « un fracas soudain » qui frappe les hommes avant la promesse ; en 69:5, ٱلطَّاغِيَة nomme la peine de Thamud.

Exemples

ٱلْحَآقَّةُ مَا ٱلْحَآقَّةُ

Celle qui avère le réel ! Qu'est-ce que celle qui avère le réel ?

69:1-2 — Le nom الحاقة : « Celle qui avère le réel ».

ٱلْقَارِعَةُ مَا ٱلْقَارِعَةُ

Le Fracas. Qu'est-ce que le Fracas ?

101:1-2 — Le nom القارعة : « le Fracas », réservé à ce seul nom.

فَإِذَا جَآءَتِ ٱلصَّآخَّةُ

quand viendra l'Assourdissante

80:33 — Le nom الصاخة : « l'Assourdissante ».

هَلْ أَتَىٰكَ حَدِيثُ ٱلْغَٰشِيَةِ

Le discours concernant la Recouvrante t'est-il parvenu ?

88:1 — Le nom الغاشية : « la Recouvrante », modèle du rendu de الصاخة.

تُصِيبُهُم بِمَا صَنَعُوا۟ قَارِعَةٌ

un fracas soudain

13:31 — Le même schème, indéterminé : un fracas, non un nom de l'Heure.
« Cela, parce qu'ils sont un peuple qui ne … » : une faculté nomméeétablie

Énoncé. La formule « ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَوْمٌۭ لَّا + verbe » rapporte un comportement à une faculté absente. Trois verbes y entrent, chacun avec son rendu propre : لَا يَعْقِلُونَ « ne raisonne pas », لَا يَفْقَهُونَ « ne comprend pas », لَا يَعْلَمُونَ « ne sait pas ».

Verdict. Règle établie. Six occurrences, un verbe par faculté.

Preuve

Les six occurrences :

  • le verbe يَعْقِلُونَ (raisonner) : 5:58, ceux qui tournent en dérision l'appel au Contact ; 59:14, les hypocrites dont l'union n'est qu'apparente ;
  • le verbe يَفْقَهُونَ (comprendre) : 8:65, 9:127, 59:13 ;
  • le verbe يَعْلَمُونَ (savoir) : 9:6, l'associant qui demande protection pour entendre la parole de Dieu.

La sourate 59 montre que le choix du verbe n'est pas indifférent : à un verset d'intervalle, la peur que les hypocrites ont des croyants est rapportée à ce qu'ils ne comprennent pas (59:13), et leur fausse union à ce qu'ils ne raisonnent pas (59:14). Deux comportements, deux facultés.

Pour que la différence reste visible, chaque verbe garde son propre rendu, et la formule elle-même est rendue d'une seule façon : « Cela, parce qu'ils sont un peuple qui ne … ».

Exemples

ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَوْمٌۭ لَّا يَفْقَهُونَ

Cela, parce qu'ils sont un peuple qui ne comprend pas.

59:13 — Ici, يَفْقَهُونَ : « comprendre ».

ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَوْمٌۭ لَّا يَعْقِلُونَ

Cela, parce qu'ils sont un peuple qui ne raisonne pas.

59:14 — Le verset suivant : يَعْقِلُونَ, « raisonner ». Deux comportements, deux facultés.

ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَوْمٌۭ لَّا يَعْلَمُونَ

Cela, parce qu'ils sont un peuple qui ne sait pas.

9:6 — Ici, يَعْلَمُونَ : « savoir ».
Déclarer véridique, le contraire de démentirétablie

Énoncé. Quand le verbe صدّق a pour objet une parole, une personne ou le Jour, il se rend « déclarer véridique ». C'est l'exact contraire de كذّب, « démentir », avec lequel le texte l'oppose souvent.

Verdict. Règle établie. Le verbe صدّق se rend « déclarer véridique » ; trois constructions distinctes gardent « confirmer ».

Preuve

Le texte oppose les deux verbes au sujet d'un même homme : « Il n'a ni déclaré véridique, ni noué le contact » (75:31), puis « mais il a démenti et a tourné le dos » (75:32). La même paire structure 92:6 et 92:9 : celui qui « déclare véridique le meilleur », et celui qui le dément.

Le rendu vaut pour toute parole ou personne : le Jour de l'Échéance (70:26), l'annonce de la suscitation (37:52, « ceux qui déclarent cela véridique » ; 56:57), la vérité apportée (39:33, « et qui l'a déclarée véridique »), les messagers (37:37), et Moussa lui-même, qui demande Harun « comme renfort qui me déclare véridique » (28:34), face à un peuple dont il craint qu'il le démente (28:34, suite).

Trois emplois restent hors de la règle, parce que leur construction est différente :

  • le participe مُصَدِّقًا لِمَا, une Écriture « confirmant ce qui la précède » (6:92) ;
  • en 34:20, صَدَّقَ عَلَيْهِمْ إِبْلِيسُ ظَنَّهُۥ, Iblis « a certes confirmé sur eux sa présomption » ;
  • en 37:105, صَدَّقْتَ ٱلرُّءْيَآ : « tu as certes confirmé la vision », dit-on à Ibrahim, qui l'a rendue vraie par son acte.

Exemples

فَلَا صَدَّقَ وَلَا صَلَّىٰ

Il n'a ni déclaré véridique, ni noué le Contact

75:31 — Le verbe صدّق, aussitôt opposé à كذّب (75:32).

وَصَدَّقَ بِهِۦٓ

et qui l'a déclarée véridique

39:33 — Le verbe suivi de بـ : la vérité apportée, déclarée véridique.

وَصَدَّقَ ٱلْمُرْسَلِينَ

et il a déclaré véridiques les envoyés

37:37 — L'objet est une personne : même rendu.

مُّصَدِّقُ ٱلَّذِى بَيْنَ يَدَيْهِ

confirmant ce qui la précède

6:92 — Le participe مُصَدِّق, une Écriture qui en confirme une autre : « confirmer ».

قَدْ صَدَّقْتَ ٱلرُّءْيَآ

tu as confirmé la vision

37:105 — Une vision rendue vraie par l'acte : « confirmer ».
Croire « en » et faire crédit « à »établie

Énoncé. Le verbe آمَنَ change de sens selon sa préposition. آمَنَ بِـ, c'est croire en quelque chose ou en quelqu'un : Dieu, le Jour dernier, ce qui a été descendu. آمَنَ لِـ, c'est faire crédit à une personne : accepter sa parole, lui donner raison.

Verdict. Règle établie. 14 occurrences, toutes dans le sens de « faire crédit » ; la juxtaposition de 9:61 prouve que les deux constructions sont distinctes.

Preuve

Le relevé trouve 14 emplois de آمن suivi de لـ devant une personne. Dans tous, l'objet n'est pas une réalité à laquelle on adhère, mais quelqu'un dont on accepte le témoignage :

  • Fir'awn reproche aux magiciens : « ءَامَنتُمْ لَهُۥ قَبْلَ أَنْ ءَاذَنَ لَكُمْ », « Vous lui avez fait crédit avant que je ne vous le permette » (20:71) : ils ont donné raison à Moussa ;
  • les frères de Youssof disent à leur père : « وَمَآ أَنتَ بِمُؤْمِنٍۢ لَّنَا », « tu ne nous feras pas crédit » (12:17) : il ne croira pas leur récit ;
  • en 9:61, les deux constructions se suivent dans la même phrase : « يُؤْمِنُ بِٱللَّهِ وَيُؤْمِنُ لِلْمُؤْمِنِينَ », « il croit en Dieu, il fait crédit aux croyants ».

Ce dernier verset est la preuve la plus nette : si les deux constructions voulaient dire la même chose, la seconde serait une répétition ; le texte les distingue en les juxtaposant.

Elle infirme l'hypothèse selon laquelle آمن ne se construirait qu'avec بـ (voir la règle « Le verbe آمن n'a pas une seule préposition »). Le rendu est fixé dans chaque langue : « faire crédit à » (FR), « give credit to » (EN), « dar crédito a » (ES), « dare credito a » (IT), « percaya » (ID, réservé à cet emploi), « поверить » face à « уверовать » (RU).

Exemples

يُؤْمِنُ بِٱللَّهِ وَيُؤْمِنُ لِلْمُؤْمِنِينَ

il croit en Dieu, il fait crédit aux croyants

9:61 — Les deux constructions côte à côte : la preuve qu'elles ne disent pas la même chose.

ءَامَنتُمْ لَهُۥ قَبْلَ أَنْ ءَاذَنَ لَكُمْ

Vous lui avez fait crédit avant que je ne vous le permette !

20:71 — Fir'awn ne reproche pas aux magiciens une foi, mais d'avoir donné raison à Moussa.

وَمَآ أَنتَ بِمُؤْمِنٍۢ لَّنَا

Mais tu ne nous feras pas crédit, même si nous disons vrai.

12:17 — Il s'agit de croire un récit, non d'une croyance religieuse.

ءَامَنَّا بِٱللَّهِ وَبِٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ

Nous croyons en Dieu et au Jour dernier

2:8 — Avec بـ : l'adhésion à ce que l'on nomme, ici Dieu et le Jour dernier.
Guider « sur » le chemin ou guider « vers » luiétablie

Énoncé. Le verbe هَدَى se construit de deux façons avec « le chemin » (صِرَاط). Avec un complément direct (« ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ »), il signifie mener quelqu'un sur le chemin lui-même : la traduction dit « guider sur ». Avec إِلَىٰ (« هَدَيْنَٰهُمْ إِلَىٰ صِرَٰطٍۢ »), il signifie l'orienter dans sa direction : la traduction dit « guider vers ».

Verdict. Règle établie. La distinction tient dans les 14 phrases, et la traduction la respecte partout.

Preuve

Le relevé porte sur les 14 phrases où هدى et صراط se rencontrent. Six ont le complément direct : 1:6, 4:68, 19:43, 37:118, 48:2 et 48:20. Les huit autres ont إلى.

La différence est celle de deux gestes. Guider sur le chemin, c'est y placer celui qu'on guide et l'y faire avancer ; guider vers le chemin, c'est lui en indiquer la direction. L'invocation de la Fatiha demande la première chose : « ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ », « Guide-nous sur le chemin rectiligne ». En 42:52, celui à qui le texte parle, lui, « guide vers un chemin rectiligne » : il montre la direction, il ne fait pas marcher.

Celui qui guide n'est pas toujours Dieu : en 19:43, c'est Ibrahim qui dit à son père « أَهْدِكَ صِرَٰطًۭا سَوِيًّۭا », « je te guiderai sur un chemin bien uni ». La règle porte sur la construction, non sur le sujet.

Exemples

ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ

Guide-nous sur le chemin rectiligne

1:6 — Complément direct : l'invocation demande d'être mené sur le chemin lui-même.

وَهَدَيْنَٰهُمَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ

et Nous les avons guidés sur le chemin rectiligne

37:118 — Moussa et Haroun : complément direct, « guider sur ».

وَهَدَيْنَٰهُمْ إِلَىٰ صِرَٰطٍۢ مُّسْتَقِيمٍۢ

Nous les avons guidés vers un chemin rectiligne

6:87 — Avec إلى : l'orientation vers le chemin.

أَهْدِكَ صِرَٰطًۭا سَوِيًّۭا

je te guiderai sur un chemin bien uni

19:43 — Complément direct, mais le sujet est Ibrahim : il réfute l'ancienne clause « sujet toujours Dieu », pas la règle de construction.
Le Contact : nouer, maintenir, être en contact avecétablie

Énoncé. La racine صلو se rend toujours par « contact », mais la construction décide du verbe français : le verbe صلّى employé seul, ou avec لـ, se rend « nouer le Contact », avec la majuscule de l'acte ; la locution أقام الصلاة se rend « maintenir le Contact » ; le verbe suivi de على et d'une personne se rend « être en contact avec », en minuscule : il dit une relation avec une personne, non l'acte institué.

Verdict. Règle établie. Trois constructions, trois rendus, dans tout le Coran.

Preuve

Trois constructions, trois rendus, sans exception.

Le verbe employé seul dit l'acte : celui qui « se rappelle le nom de son Tuteur, et noue le Contact » (87:15) ; Zakariya, appelé « alors qu'il nouait le Contact dans l'oratoire » (3:39) ; et, avec لـ, « Noue donc le Contact pour ton Tuteur » (108:2). Le participe suit le verbe : « ceux qui nouent le Contact » (70:22, 107:4).

La locution أقام الصلاة dit la durée : « Et maintenez le Contact » (2:43), avec la majuscule du nom.

Avec على et une personne, le verbe dit la relation : « et sois en contact avec eux » (9:103). La même construction, niée, interdit la relation : « Et ne sois jamais en contact avec aucun d'entre eux qui meurt » (9:84). Dieu Lui-même est « en contact » avec les croyants (33:43) et avec l'Informateur (33:56).

La majuscule suit la construction (vérifiée sur les 15 emplois du verbe et du participe) : tout emploi sans على désigne l'acte et prend « le Contact » ; les cinq emplois avec على (9:84, 9:103, 33:43, 33:56 deux fois) disent une relation avec une personne et gardent la minuscule, comme les pluriels « des contacts de leur Tuteur » (2:157) et « tes contacts » (9:103).

Exemples

وَذَكَرَ ٱسْمَ رَبِّهِۦ فَصَلَّىٰ

et se rappelle le nom de son Tuteur, et noue le Contact

87:15 — Le verbe seul : « nouer le Contact ».

وَأَقِيمُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ وَءَاتُوا۟ ٱلزَّكَوٰةَ وَٱرْكَعُوا۟

Et maintenez le Contact

2:43 — La locution أقام الصلاة : « maintenir le Contact ».

وَصَلِّ عَلَيْهِمْ

et sois en contact avec eux

9:103 — Avec على et une personne : « être en contact avec ».

وَلَا تُصَلِّ عَلَىٰٓ أَحَدٍۢ مِّنْهُم

Et ne sois jamais en contact avec aucun d'entre eux qui meurt

9:84 — La même construction, niée.

وَهُوَ قَآئِمٌۭ يُصَلِّى

alors qu'il nouait le Contact dans l'oratoire

3:39 — Le verbe seul, à l'inaccompli.
La préposition devant « leur Contact » dit la relationétablie

Énoncé. Dans la tournure « ٱلَّذِينَ هُمْ … صَلَاتِهِمْ » (« ceux qui, envers leur Contact, … »), la préposition qui précède صَلَاتِهِمْ dit quelle relation la personne entretient avec le Contact : عَلَىٰ marque la constance, فِى le recueillement à l'intérieur du Contact, عَنْ l'écart, l'esprit qui s'en absente.

Verdict. Règle établie. Six occurrences dans le schéma, sans exception ; la septième (8:35) relève d'une autre construction.

Preuve

Le mot صَلَاتِهِمْ (ou صَلَوَٰتِهِمْ) apparaît sept fois dans le corpus. Six fois, il suit « ٱلَّذِينَ هُمْ » et une préposition ; la septième occurrence (8:35) est d'une autre construction : صَلَاتُهُمْ y est sujet de كَانَ, sans « ٱلَّذِينَ هُمْ ».

Dans les six occurrences du schéma, trois prépositions se partagent les emplois, et chacune a un sens net :

  • avec عَلَىٰ (6:92, 23:9, 70:23, 70:34) : se tenir sur le Contact, y rester : « assidus dans leur Contact », « ils veillent sur leur Contact » ;
  • avec فِى (23:2) : être dans le Contact, au-dedans : « dans leur Contact, ils sont humbles » ;
  • avec عَنْ (107:5) : être loin du Contact, l'esprit ailleurs : « ils ont l'esprit absent de leur Contact ».

La même personne peut donc accomplir le Contact (107:4 parle de « ceux qui nouent le contact ») et en être absente (107:5) : c'est la préposition seule qui dit le reproche. La traduction garde, dans chaque langue, la nuance de chaque préposition.

Exemples

ٱلَّذِينَ هُمْ عَلَىٰ صَلَاتِهِمْ دَآئِمُونَ

assidus dans leur Contact

70:23 — Ici, عَلَىٰ : la constance.

ٱلَّذِينَ هُمْ فِى صَلَاتِهِمْ خَٰشِعُونَ

ceux qui, dans leur Contact, sont humbles

23:2 — Ici, فِى : l'intérieur du Contact.

ٱلَّذِينَ هُمْ عَن صَلَاتِهِمْ سَاهُونَ

ont l'esprit absent de leur Contact

107:5 — Ici, عَنْ : l'écart. Ils nouent le contact (107:4) mais en sont absents.

وَمَا كَانَ صَلَاتُهُمْ عِندَ ٱلْبَيْتِ

Et leur Contact, près de la Maison

8:35 — Hors schéma : صَلَاتُهُمْ est sujet de كَانَ, sans « ٱلَّذِينَ هُمْ » ni préposition.
Envoyer « sur » : ce qui descend, et les gardiensétablie

Énoncé. Construit avec عَلَىٰ, le verbe أَرْسَلَ (« envoyer ») décrit quelque chose qui descend sur une cible : la pluie, un vent, un cri, des pierres. Avec ce même tour, des gardiens ne sont envoyés « sur » les êtres humains que par Dieu ; chaque fois qu'il s'agit d'envoyer l'Informateur ou des humains comme gardiens sur d'autres, la phrase est niée.

Verdict. Règle établie. 24 occurrences, sans exception.

Preuve

Le relevé compte 24 occurrences de أَرْسَلَ suivi de عَلَىٰ dans les trois mots.

Dix-neuf concernent un élément qui tombe d'en haut : la pluie (« يُرْسِلِ ٱلسَّمَآءَ عَلَيْكُم مِّدْرَارًۭا », 71:11), le vent glacial (54:19), le cri (54:31), les oiseaux et leurs pierres (105:3), le déluge et les sauterelles (7:133). La préposition dit la direction : du haut vers la cible.

Les cinq autres concernent des préservateurs, et le partage est net :

  • affirmé une seule fois, avec Dieu pour sujet : « وَيُرْسِلُ عَلَيْكُمْ حَفَظَةً », « Il envoie sur vous des préservateurs » (6:61) ;
  • nié quatre fois quand il s'agit de l'Informateur (4:80, 17:54, 42:48 : « فَمَآ أَرْسَلْنَٰكَ عَلَيْهِمْ حَفِيظًا ») ou d'humains (83:33 : « وَمَآ أُرْسِلُوا۟ عَلَيْهِمْ حَٰفِظِينَ »).

Aucune occurrence ne sort de ce partage. La traduction rend partout عَلَىٰ par « sur ».

Exemples

يُرْسِلِ ٱلسَّمَآءَ عَلَيْكُم مِّدْرَارًۭا

Il enverra sur vous le ciel ruisselant

71:11 — Ce qui descend : la pluie.

وَأَرْسَلَ عَلَيْهِمْ طَيْرًا أَبَابِيلَ

Et n'a-t-Il pas envoyé sur eux des oiseaux massifs

105:3 — Ce qui descend : les oiseaux et leurs pierres.

وَيُرْسِلُ عَلَيْكُمْ حَفَظَةً

et Il envoie sur vous des préservateurs

6:61 — Seule occurrence affirmée de préservateurs envoyés « sur » : le sujet est Dieu.

فَمَآ أَرْسَلْنَٰكَ عَلَيْهِمْ حَفِيظًا

Nous ne t'avons pas envoyé comme préservateur sur eux

42:48 — L'Informateur n'est pas envoyé comme gardien : la phrase est niée.

وَمَآ أُرْسِلُوا۟ عَلَيْهِمْ حَٰفِظِينَ

alors qu'ils n'ont pas été envoyés comme préservateurs sur eux

83:33 — Des humains qui se posent en juges des croyants : niés de même.
Le verbe تَوَلَّىٰ : tourner le dos, ou prendre pour alliéétablie

Énoncé. Le verbe تَوَلَّىٰ (forme V de la racine ولي) a deux sens, et c'est la construction qui décide. Sans complément, il veut dire « tourner le dos » ; avec un complément direct (un nom ou un pronom attaché), il veut dire « prendre pour allié ».

Verdict. Règle établie. 78 occurrences de la forme V ; les écarts apparents relèvent de la forme II.

Preuve

La racine ولي dit la proximité, celui qui est à côté. La forme V en tire deux mouvements opposés : tourner le dos à quelqu'un, ou se placer à ses côtés. L'arabe ne les distingue que par la construction :

  • intransitif : « وَمَن يَتَوَلَّ فَإِنَّ ٱللَّهَ هُوَ ٱلْغَنِىُّ ٱلْحَمِيدُ », « Et quiconque tourne le dos — Dieu est certes le Riche, le Louable. » (60:6) ;
  • transitif : « أَن تَوَلَّوْهُمْ », « de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus » (60:9) ; « وَمَن يَتَوَلَّهُم مِّنكُمْ فَإِنَّهُۥ مِنْهُمْ », « quiconque parmi vous les prend pour alliés est alors des leurs » (5:51).

La sourate 60 fait côtoyer les deux sens à trois versets d'intervalle sans aucune confusion. Le relevé sur tout le corpus compte 78 occurrences de la forme V : 65 intransitives, rendues « tourner le dos », sauf quand la scène dit un autre mouvement (se retirer 28:24 ; s'éloigner 27:28 ; repartir 9:92), et 13 transitives : dix « prendre pour allié », trois où la proximité prend une autre forme (« c'est Lui qui protège » 7:196 ; « ce vers quoi il s'est tourné » 4:115 ; « qui en a pris la plus grande part » 24:11).

Les quelques écarts apparents viennent d'une autre forme du verbe : la forme II وَلَّىٰ, qui prend deux compléments. En 8:15, « فَلَا تُوَلُّوهُمُ ٱلْأَدْبَارَ » veut dire « ne leur tournez pas le dos » : c'est وَلَّىٰ + ٱلْأَدْبَار, hors du champ de la règle.

Exemples

وَمَن يَتَوَلَّ فَإِنَّ ٱللَّهَ هُوَ ٱلْغَنِىُّ ٱلْحَمِيدُ

Et quiconque tourne le dos

60:6 — Sans complément : « tourner le dos ».

وَمَن يَتَوَلَّهُم مِّنكُمْ فَإِنَّهُۥ مِنْهُمْ

Et quiconque parmi vous les prend pour alliés est alors des leurs,

5:51 — Avec le pronom attaché ـهُم : « prendre pour allié ».

فَلَا تُوَلُّوهُمُ ٱلْأَدْبَارَ

ne leur tournez pas le dos

8:15 — Forme II (وَلَّىٰ) avec deux compléments : hors règle.
Même graphie, mots différentsétablie

Énoncé. Plusieurs mots du Coran partagent le même squelette de lettres et n'ont pourtant ni le même sens ni la même fonction. Seuls la vocalisation et le contexte les distinguent ; le lecteur et le traducteur doivent donc toujours les identifier avant de les rendre.

Verdict. Règle établie, comme principe de lecture : chaque groupe se départage par sa vocalisation et son contexte.

Preuve

Le cas le plus net est le squelette كلا, qui porte trois mots :

  • la lecture كُلَا, « mangez », impératif adressé à deux personnes : Adam et son conjoint, « et mangez-en, à votre aise » (2:35) ;
  • la lecture كُلًّا, « chacun, tous » : « Tous, Nous les munissons » (17:20) ;
  • la lecture كَلَّا, « non point ! », qui rejette ce qui vient d'être dit : « Non point ! Nous inscrirons ce qu'il dit » (19:79).

Le squelette اذا porte deux mots : إِذَا, « quand », et إِذًا, « alors », qui tire une conséquence : « tu serais alors assurément du nombre des injustes » (2:145). Le corpus en compte 31.

Le squelette اما porte إِمَّا, « si » (« si une guidance vous vient de Ma part », 2:38), et أَمَّا, « quant à » (2:26).

Ce n'est pas une curiosité isolée mais un principe constant de la graphie : avant de traduire, on identifie le mot, pas seulement les lettres.

Exemples

وَكُلَا مِنْهَا رَغَدًا

et mangez-en, à votre aise

2:35 — Le squelette كلا lu كُلَا : « mangez », impératif duel.

كُلًّۭا نُّمِدُّ هَٰٓؤُلَآءِ

Tous, Nous les munissons

17:20 — Le même squelette lu كُلًّا : « tous, chacun ».

كَلَّا سَنَكْتُبُ

Non point !

19:79 — Le même squelette lu كَلَّا : un rejet.

إِنَّكَ إِذًۭا لَّمِنَ ٱلظَّٰلِمِينَ

tu serais alors assurément du nombre des injustes

2:145 — Le mot إِذًا, « alors », à ne pas confondre avec إِذَا, « quand ».
Le verbe آمن n'a pas une seule prépositionécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : le verbe آمن se construirait toujours avec ب, jamais avec une autre préposition. C'est faux : le corpus l'emploie aussi avec لِ, et ce changement de préposition change le sens.

Verdict. Écartée. Les quatre occurrences de آمن لـ réfutent l'énoncé ; la règle juste est RD-09 (« croire en » / « faire crédit à »).

Preuve

Avec ب, le verbe dit l'adhésion à ce qui est cru : croire en Dieu, en la Rencontre, en ce qui a été descendu.

Avec لِ, il dit la confiance accordée à une personne qui parle : « Lut lui fit crédit » (29:26), à propos d'Ibrahim. Le même verset en 9:61 juxtapose les deux constructions : « il croit en Dieu, il fait crédit aux croyants ». Les frères de Youssouf disent à leur père : « Mais tu ne nous feras pas crédit, même si nous disons vrai » (12:17). Et devant Fir'awn : « Nul ne fit crédit à Moussa, sauf une descendance de son peuple » (10:83).

La régence n'est donc pas fixe ; ce qui est fixe, c'est la correspondance entre la préposition et le sens. C'est l'objet de RD-09, déjà fixée.

Exemples

وَيُؤْمِنُ لِلْمُؤْمِنِينَ

il croit en Dieu, il fait crédit aux croyants

9:61 — Les deux constructions dans le même verset : ب pour Dieu, لِ pour les croyants.

فَـَٔامَنَ لَهُۥ لُوطٌۭ

Lut lui fit crédit

29:26 — Lut accorde sa confiance à Ibrahim : آمن لـ, non آمن بـ.

وَمَآ أَنتَ بِمُؤْمِنٍۢ لَّنَا

Mais tu ne nous feras pas crédit, même si nous disons vrai.

12:17 — Le père n'a pas à « croire en » ses fils ; la question est de savoir s'il les croit sur parole.
Le verbe ألقى : إلى pour « offrir », على pour « lancer »écartée

Énoncé. Hypothèse examinée : la préposition fixerait le sens du verbe أَلْقَىٰ : avec إِلَىٰ et un objet, « offrir » ; avec عَلَىٰ, « lancer ».

Verdict. Écartée. L'énoncé général est contredit par six occurrences de ألقى إلى qui ne veulent pas dire « offrir », et par la variété des sens avec على.

Preuve

L'hypothèse s'appuyait sur des cas réels : « وَأَلْقَوْا۟ إِلَيْكُمُ ٱلسَّلَمَ », « et vous offrent la paix » (4:90), et « تُلْقُونَ إِلَيْهِم بِٱلْمَوَدَّةِ », « leur offrant l'affection » (60:1).

Le test sur tout le corpus montre que « offrir » ne vaut que pour ces objets-là : la paix (4:90, 4:91, 4:94, 16:87) et l'affection (60:1). Ailleurs, أَلْقَىٰ إِلَىٰ garde son sens premier de jeter, ou d'adresser quand l'objet est une parole : Sulayman ordonne « فَأَلْقِهْ إِلَيْهِمْ », « jette-la-leur » (27:28), à propos d'une lettre ; on « jette » un trésor (25:8) ; l'Écriture est « adressée » (28:86).

Avec عَلَىٰ non plus le sens n'est pas uniforme : on « jette » la tunique sur un visage (12:93, 12:96), un amour (20:39) ou un corps sur un siège (38:34), mais on « lance » le Rappel et le propos lourd (54:25, 73:5).

Ce n'est donc pas la préposition qui fixe le sens, mais l'objet : offrir la paix est une expression figée (« jeter la paix vers quelqu'un »), non une règle de construction.

Exemples

وَأَلْقَوْا۟ إِلَيْكُمُ ٱلسَّلَمَ

et vous offrent la paix

4:90 — Le cas qui a fait naître l'hypothèse : l'objet est la paix.

ٱذْهَب بِّكِتَٰبِى هَٰذَا فَأَلْقِهْ إِلَيْهِمْ

jette-la-leur

27:28 — Ici, ألقى إلى avec un autre objet (une lettre) : « jeter », non « offrir ».

وَأَلْقَيْتُ عَلَيْكَ مَحَبَّةًۭ مِّنِّى

Et J'ai jeté sur toi un amour venant de Moi

20:39 — Ici, ألقى على avec un objet abstrait, un amour : « jeter », comme la tunique (12:93), non « lancer ».
La forme intensive فَعَّال comme identité constanteécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : les noms de forme intensive (فَعَّال, فَعَّالَة) désigneraient une identité constante, ce que l'on fait sans cesse, et la traduction devrait toujours marquer cette intensité.

Verdict. Écartée. Exemples hétérogènes, aucun critère vérifiable, et aucune régularité dans le texte.

Preuve

Les exemples de départ sont parlants : « ٱلْخَنَّاسِ » (114:4), « celui qui se dérobe » ; « حَمَّالَةَ ٱلْحَطَبِ » (111:4), « celle qui porte sans cesse le bois » ; « تَوَّابًۢا » (110:3), « Celui qui accueille sans cesse le repentir ».

Mais l'hypothèse n'est pas démontrée sur l'ensemble des formes فعّال du Coran, et ses exemples mêlent des formes différentes : « ٱلْكَوْثَرَ » (108:1) n'est pas un فعّال mais un فَوْعَل.

Sans critère vérifiable, l'énoncé reste une intuition. L'intensif se lit racine par racine, là où le texte permet de le démontrer.

Exemples

حَمَّالَةَ ٱلْحَطَبِ

celle qui porte sans cesse le bois

111:4 — Un cas où l'intensité est bien rendue : mais un cas ne fait pas une règle.

إِنَّهُۥ كَانَ تَوَّابًۢا

Il est Celui qui accueille sans cesse le repentir.

110:3 — Le français marque l'intensité, l'anglais non : aucune pratique régulière à fixer.

إِنَّآ أَعْطَيْنَٰكَ ٱلْكَوْثَرَ

Nous t'avons certes conféré l'Abondance.

108:1 — Cité comme exemple de départ, mais الكوثر n'est pas de forme فعّال.
« Mesurer » : la mesure humaine prétendue contre la mesure divineécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : le verbe قَدَّرَ (« mesurer, déterminer ») désignerait une mesure prétendue, vaine, quand son sujet est humain, et la mesure réelle quand son sujet est Dieu.

Verdict. Écartée. 34:11 et 76:16 montrent des sujets humains dont la mesure est juste ; la condamnation de 74:18-20 vient du contexte, non du sujet.

Preuve

L'hypothèse est née de la sourate 74, où un homme « a réfléchi et déterminé » (« فَكَّرَ وَقَدَّرَ »), et où le texte le condamne aussitôt : « فَقُتِلَ كَيْفَ قَدَّرَ », « que périsse sa manière de déterminer ! » (74:18-20). Face à lui, Dieu « a mesuré puis guidé » (« قَدَّرَ فَهَدَىٰ », 87:3).

Le test exhaustif contredit l'opposition. Des humains mesurent aussi, et justement :

  • Dieu ordonne à Dawud : « وَقَدِّرْ فِى ٱلسَّرْدِ », « mesure bien l'assemblage des mailles » (34:11) : une mesure humaine juste, prescrite ;
  • au Jardin, on fait circuler des coupes « قَدَّرُوهَا تَقْدِيرًۭا », « dont ils ont mesuré la contenance avec exactitude » (76:16).

Ce n'est donc pas le sujet humain qui rend la mesure vaine. En 74:18-20, c'est le contexte qui la condamne : l'homme mesure pour rejeter la Lecture. Le verbe garde partout le même sens, mesurer, et la valeur de chaque mesure se lit dans sa phrase.

Exemples

إِنَّهُۥ فَكَّرَ وَقَدَّرَ فَقُتِلَ كَيْفَ قَدَّرَ

Il a réfléchi et déterminé — que périsse sa manière de déterminer !

74:18-19 — Le cas qui a fait naître l'hypothèse : la condamnation vient du contexte.

وَقَدِّرْ فِى ٱلسَّرْدِ

et mesure bien l'assemblage des mailles

34:11 — Sujet humain (Dawud), mesure juste et ordonnée par Dieu.

قَدَّرُوهَا تَقْدِيرًۭا

dont ils ont mesuré la contenance avec exactitude

76:16 — Sujet humain, mesure exacte, dans le Jardin.
Le verbe rare défini par la phrase qui le suitécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : quand un verbe rare est suivi, sans « et », d'une proposition qui en détaille le contenu, cette proposition le définit ; la traduction les relie par deux-points.

Verdict. Écartée comme règle : un seul cas. La traduction de 79:30 garde ses deux-points.

Preuve

Le cas de départ est 79:30-31 : « وَٱلْأَرْضَ بَعْدَ ذَٰلِكَ دَحَىٰهَآ أَخْرَجَ مِنْهَا مَآءَهَا وَمَرْعَىٰهَا », « Et la terre, après cela, Il l'a fait éclore : Il en a fait sortir son eau et son pâturage ». Le verbe دَحَىٰ est rare ; la phrase suivante, sans وَ, dit en quoi il consiste. La traduction les relie par deux-points.

Mais on ne trouve dans le Coran aucun autre verbe rare suivi d'une proposition explicative. Un cas, si juste soit-il, ne fait pas une règle. Le mécanisme est proche de celui de RD-21 (une question suivie de sa définition), mais il n'est démontré qu'une fois.

Exemples

وَٱلْأَرْضَ بَعْدَ ذَٰلِكَ دَحَىٰهَآ أَخْرَجَ مِنْهَا مَآءَهَا وَمَرْعَىٰهَا

Et la terre, après cela, Il l'a fait éclore : Il en a fait sortir son eau et son pâturage

79:30-31 — Le seul cas ; la traduction relie les deux propositions par deux-points.

Formules et refrains

La formule répétée : même arabe, même traductionétablie

Énoncé. Certaines formules reviennent mot pour mot, ou presque, d'une sourate à l'autre. Ce retour est un refrain voulu, non une coïncidence de style ; la traduction le rend visible en donnant à la formule le même rendu partout.

Verdict. Règle établie. Les formules répétées à l'identique sont rendues à l'identique.

Preuve

Exemples fondateurs :

  • « قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ » ouvre les sourates 113 et 114 à l'identique ;
  • « وَمَا ٱلْحَيَوٰةُ ٱلدُّنْيَآ إِلَّا لَعِبٌۭ وَلَهْوٌۭ », « la vie d'ici-bas n'est que jeu et distraction », revient dans six sourates (6:32, 6:70, 7:51, 29:64, 47:36, 57:20) ;
  • « يَبْدَؤُا۟ ٱلْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُۥ », « Il initie la création puis la refait », revient dans cinq sourates (10:4, 10:34, 27:64, 30:11, 30:27, 85:13).

Ce phénomène n'est pas grammatical au sens classique : c'est un fait de composition du texte lui-même, invisible à qui lit racine par racine, et que seule la lecture comparée révèle.

C'est l'une des règles qui guident le plus la traduction. Les formules qui demandent une démonstration propre ont chacune leur fiche, dans le thème « Formules et refrains ».

Exemples

وَمَا ٱلْحَيَوٰةُ ٱلدُّنْيَآ إِلَّا لَعِبٌۭ وَلَهْوٌۭ

La vie d'ici-bas n'est que jeu et distraction

6:32 — Une des six occurrences de la formule.

أَنَّمَا ٱلْحَيَوٰةُ ٱلدُّنْيَا لَعِبٌۭ وَلَهْوٌۭ

la vie d'ici-bas n'est que jeu, distraction

57:20 — La même formule, prolongée : « jeu, distraction, parure… ».
L'impératif قل en ouverture de sourateétablie

Énoncé. Cinq sourates s'ouvrent sur l'impératif قُلْ (« Dis ») : 72, 109, 112, 113 et 114. Tout ce qui suit est une parole que le récitant doit prononcer lui-même ; la traduction garde donc toujours « Dis : » en tête.

Verdict. Règle établie. Sur les 114 sourates, cinq s'ouvrent ainsi, et la traduction les rend toutes de la même façon.

Preuve

Le test a porté sur les 114 sourates : seules ces cinq commencent par قل. Dans chacune, le texte ne parle pas au lecteur, il lui donne les mots à dire : « Dis : Il est Dieu, Singularité absolue » (112), « Dis : Je cherche refuge… » (113, 114), « Dis : Ô vous qui reniez ! » (109), « Dis : Il m'a été révélé… » (72).

Supprimer قل dans la traduction ferait de ces sourates une déclaration de Dieu sur Lui-même ou un récit ; le garder rend au lecteur sa place : c'est lui qui prend la parole. Les six langues le gardent : « Dis : », « Say: », « Di: », « Di': », « Katakanlah: », « Скажи: ».

La sourate 72 le confirme de l'intérieur : quatre autres قل découpent sa fin (72:20, 72:21, 72:22, 72:25), chaque fois pour une nouvelle parole à prononcer.

Exemples

قُلْ هُوَ ٱللَّهُ أَحَدٌ

Dis : Il est Dieu, Singularité absolue.

112:1 — Sans « Dis », la phrase deviendrait une déclaration de Dieu ; avec lui, c'est le récitant qui l'affirme.

قُلْ يَٰٓأَيُّهَا ٱلْكَٰفِرُونَ

Dis : Ô vous qui reniez !

109:1 — La parole est mise dans la bouche du récitant, qui s'adresse lui-même aux renieurs.

قُلْ أُوحِىَ إِلَىَّ

Dis : "Il m'a été révélé

72:1 — Seule sourate longue de la série ; quatre autres قل en découpent la fin.
Les serments sur des participes féminins : « par celles qui … »établie

Énoncé. Cinq sourates s'ouvrent sur une série de serments portant sur des participes féminins pluriels pris sans nom : وَٱلْعَٰدِيَٰتِ, وَٱلْمُرْسَلَٰتِ, وَٱلنَّٰزِعَٰتِ, وَٱلذَّٰرِيَٰتِ, وَٱلصَّٰٓفَّٰتِ. Le texte ne dit pas de qui il s'agit ; la traduction garde le féminin et ne comble pas le vide : « Par celles qui … ».

Verdict. Règle établie. Les cinq ouvertures sont rendues « celles qui ».

Preuve

Les cinq ouvertures sont 37:1-3, 51:1-4, 77:1-5, 79:1-5 et 100:1-5. Chaque fois, le participe est au féminin pluriel et n'a pas de nom qui le porte : « وَٱلْعَٰدِيَٰتِ ضَبْحًۭا », « par celles qui franchissent les limites, haletantes ». Le lecteur sait ce qu'elles font, non ce qu'elles sont.

Les commentaires proposent des identités (chevaux, vents, anges), mais le texte n'en nomme aucune. Traduire « Par les chevaux … » ou « Par les anges … » ajouterait au texte ce qu'il a choisi de taire. La traduction garde donc la forme : un pronom féminin et une relative, « celles qui ».

Le français, l'espagnol et l'italien marquent le féminin (« celles qui », « las que », « quelle che ») ; l'anglais n'a pas de genre (« those that / those who »).

Exemples

وَٱلْعَٰدِيَٰتِ ضَبْحًۭا

Par celles qui franchissent les limites, haletantes

100:1 — Le féminin « celles qui », comme dans les autres ouvertures.

وَٱلصَّٰٓفَّٰتِ صَفًّۭا

Par celles qui se rangent en rangs

37:1 — Le participe féminin seul, sans nom ajouté.

وَٱلْمُرْسَلَٰتِ عُرْفًۭا

Par celles qui sont envoyées coup sur coup

77:1 — Le texte dit ce qu'elles font, non ce qu'elles sont.

وَٱلنَّٰزِعَٰتِ غَرْقًۭا

Par celles qui arrachent en submergeant

79:1 — Même forme, même rendu.
« لَآ أُقْسِمُ » : « Non ! Je jure »établie

Énoncé. La formule « لَآ أُقْسِمُ » ouvre un serment en rejetant d'abord ce que disent les contradicteurs. Elle ne veut pas dire « je ne jure pas » : le لَا est un « Non ! » qui écarte leur thèse, puis vient le serment. Elle est rendue partout « Non ! Je jure par … ».

Verdict. Règle établie. Huit occurrences, un seul rendu dans les six langues ; 56:79 prouve que la formule est bien un serment.

Preuve

La formule revient huit fois, dans sept phrases (56:79, 69:42, 70:41, 75:2 deux fois, 81:21, 84:19, 90:4).

Le texte lui-même montre qu'il s'agit bien d'un serment, et non de son refus. En 56:79, après « فَلَآ أُقْسِمُ بِمَوَٰقِعِ ٱلنُّجُومِ », il ajoute aussitôt : « وَإِنَّهُۥ لَقَسَمٌۭ لَّوْ تَعْلَمُونَ عَظِيمٌ », « et c'est là un jurement immense, si vous saviez ». Si لَا niait le serment, cette phrase n'aurait pas de sens.

Le لَا est donc une réponse : il rejette la thèse adverse (le démenti du Jour, de la Lecture, du Retour), puis le serment vient l'établir. La même construction se retrouve en 4:65 : « فَلَا وَرَبِّكَ », « Mais non, par ton Tuteur ! ». La traduction garde les deux temps, séparés par le point d'exclamation : « Non ! Je jure ».

Exemples

فَلَآ أُقْسِمُ بِمَوَٰقِعِ ٱلنُّجُومِ وَإِنَّهُۥ لَقَسَمٌۭ لَّوْ تَعْلَمُونَ عَظِيمٌ

Non ! Je jure par les positions des étoiles — et c'est assurément là un jurement immense, si vous saviez

56:79 — La preuve : le texte qualifie aussitôt ce qu'il vient de dire de « jurement immense ».

لَآ أُقْسِمُ بِهَٰذَا ٱلْبَلَدِ

Non ! Je jure par cette contrée

90:4 — Même formule en ouverture de sourate.

لَآ أُقْسِمُ بِيَوْمِ ٱلْقِيَٰمَةِ

Non ! Je jure par le Jour de la Comparution

75:2 — Deux fois dans la même phrase (75:2), même rendu.
L'imprécation « قُتِلَ » : « Que périsse … ! »établie

Énoncé. Quand le verbe قُتِلَ (passif accompli, « il a été tué ») ouvre une proposition sans complément de récit, il n'annonce pas un meurtre : c'est une imprécation. La traduction la rend partout par « Que périsse … ! », « Que périssent … ! ».

Verdict. Règle établie. Quatre occurrences, un seul rendu par langue.

Preuve

Les quatre occurrences :

  • 51:10, « قُتِلَ ٱلْخَرَّٰصُونَ », « Que périssent les supputeurs » ;
  • 74:19-20, « فَقُتِلَ كَيْفَ قَدَّرَ », « que périsse sa manière de déterminer ! », deux fois de suite ;
  • 80:17, « قُتِلَ ٱلْإِنسَٰنُ مَآ أَكْفَرَهُۥ », « Que l'être humain périsse, comme il renie ! » ;
  • 85:4, « قُتِلَ أَصْحَٰبُ ٱلْأُخْدُودِ », « Que périssent les compagnons du fossé ».

Aucun de ces versets ne raconte une mise à mort : ils prononcent une condamnation. La forme est un accompli, mais, comme les accomplis de souhait (« رَضِيَ ٱللَّهُ عَنْهُمْ »), elle exprime ce que le locuteur prononce, non un fait passé.

Le rendu est le même partout dans chaque langue : « perish » en anglais ; « binasalah » en indonésien, distinct de « celakalah », réservé à ويل (« malheur à ») : deux mots arabes, deux mots indonésiens.

Exemples

قُتِلَ ٱلْإِنسَٰنُ مَآ أَكْفَرَهُۥ

Que l'être humain périsse, comme il renie !

80:17 — Une condamnation, non le récit d'une mort.

فَقُتِلَ كَيْفَ قَدَّرَ

que périsse sa manière de déterminer !

74:19 — Répétée deux fois (74:19-20).

قُتِلَ أَصْحَٰبُ ٱلْأُخْدُودِ

Que périssent les compagnons du fossé

85:4 — Même formule au pluriel.
« نَقَمَ … إِلَّآ أَن » : le seul grief est un bienfaitétablie

Énoncé. La tournure « مَا نَقَمَ … إِلَّآ أَن … » (« ils n'en voulaient que de … ») énonce un grief dont le seul objet est quelque chose de bon : avoir cru, ou avoir été comblé. Le grief se retourne contre ceux qui le portent. Elle est rendue partout par « en vouloir … que de … ».

Verdict. Règle établie. Quatre occurrences, un seul verbe par langue.

Preuve

Les quatre occurrences :

  • 85:8, les bourreaux du fossé : « وَمَا نَقَمُوا۟ مِنْهُمْ إِلَّآ أَن يُؤْمِنُوا۟ بِٱللَّهِ », « Et ils ne leur en voulaient que de croire en Dieu » (85:8) ;
  • 7:126, les magiciens à Fir'awn : « وَمَا تَنقِمُ مِنَّآ إِلَّآ أَنْ ءَامَنَّا », « Et tu ne nous en veux que d'avoir cru aux signes de notre Tuteur » (7:126) ;
  • 5:59, aux gens de l'Écriture : « Nous en voulez-vous d'autre chose que d'avoir cru en Dieu » (5:59) ;
  • 9:74, les hypocrites : « وَمَا نَقَمُوٓا۟ إِلَّآ أَنْ أَغْنَىٰهُمُ ٱللَّهُ », « Ils n'en veulent que de ce que Dieu et Son messager les ont enrichis de Sa faveur » (9:74).

La construction est une exception après une négation : « rien … sauf ». Le texte vide le grief de tout contenu, puis nomme l'unique chose qui reste, et c'est un bien. L'ironie n'est lisible que si la même tournure est employée partout : « en vouloir » en français, « resent » en anglais, « tener … contra », « avere … contro », « kesal », « быть в обиде ».

Exemples

وَمَا نَقَمُوا۟ مِنْهُمْ إِلَّآ أَن يُؤْمِنُوا۟ بِٱللَّهِ

Et ils ne leur en voulaient que de croire en Dieu

85:8 — Le seul grief : la foi.

وَمَا تَنقِمُ مِنَّآ إِلَّآ أَنْ ءَامَنَّا

Et tu ne nous en veux que d'avoir cru

7:126 — Les magiciens retournent le grief contre Fir'awn.

وَمَا نَقَمُوٓا۟ إِلَّآ أَنْ أَغْنَىٰهُمُ ٱللَّهُ

Ils n'en veulent que de ce que Dieu et Son messager les ont enrichis

9:74 — Ici le seul grief est un bienfait reçu.
La formule « ses biens ne lui servent à rien »établie

Énoncé. Une même formule revient six fois : le verbe أَغْنَىٰ عَنْ, nié, avec pour sujet les biens (مَال, أَمْوَال) : les biens « ne servent à rien » à celui qui les possède, face à Dieu ou au Jour de la Comparution. Elle se traduit partout de la même façon.

Verdict. Règle établie. Six occurrences, une seule structure, un seul rendu par langue.

Preuve

Les six occurrences :

  • 111:2, « مَآ أَغْنَىٰ عَنْهُ مَالُهُۥ وَمَا كَسَبَ » : son bien ne lui a servi à rien ;
  • 69:28, « مَآ أَغْنَىٰ عَنِّى مَالِيَهْ » : c'est l'homme lui-même qui le constate, au Jour de la Comparution ;
  • 92:11, « وَمَا يُغْنِى عَنْهُ مَالُهُۥٓ إِذَا تَرَدَّىٰٓ » : au futur, quand il chutera ;
  • 3:10, 3:116 et 58:17, « لَن تُغْنِىَ عَنْهُمْ أَمْوَٰلُهُمْ وَلَآ أَوْلَٰدُهُم مِّنَ ٱللَّهِ شَيْـًۭٔا » : avec les enfants, et face à Dieu.

La négation change de forme (مَا pour le passé, لَن pour le futur), le sujet passe du singulier au pluriel, mais la structure ne varie pas : les biens, sujet de أَغْنَىٰ عَنْ nié. C'est une formule au sens de la règle « La formule répétée : même arabe, même traduction » : la traduction lui donne un seul rendu, « ne servir à rien », dans les six langues.

Exemples

مَآ أَغْنَىٰ عَنْهُ مَالُهُۥ وَمَا كَسَبَ

Son bien et ce qu'il a acquis ne lui ont servi à rien.

111:2 — Le passé, avec مَا.

مَآ أَغْنَىٰ عَنِّى مَالِيَهْ

Mon bien ne m'a servi à rien

69:28 — La même formule à la première personne : l'homme le constate lui-même.

لَن تُغْنِىَ عَنْهُمْ أَمْوَٰلُهُمْ وَلَآ أَوْلَٰدُهُم مِّنَ ٱللَّهِ شَيْـًۭٔا

ni leurs biens ni leurs enfants ne leur serviront à rien face à Dieu

3:10 — Le futur, avec لَن ; mot pour mot en 3:10, 3:116 et 58:17.

وَمَا يُغْنِى عَنْهُ مَالُهُۥٓ إِذَا تَرَدَّىٰٓ

Et son bien ne lui servira à rien quand il chutera.

92:11 — Même structure, même rendu.
La formule « N'as-tu pas vu comment ton Tuteur a agi avec … »établie

Énoncé. La formule « أَلَمْ تَرَ كَيْفَ فَعَلَ رَبُّكَ بِـ » ouvre deux récits de peine (89:6, 105:1). Elle est traduite mot pour mot de la même façon dans les deux : « N'as-tu pas vu comment ton Tuteur a agi avec … ».

Verdict. Règle établie. Deux occurrences, rendu identique dans les six langues.

Preuve

La formule réunit trois éléments fixes : la question أَلَمْ تَرَ (« N'as-tu pas vu »), l'interrogation sur la manière كَيْفَ فَعَلَ (« comment Il a agi »), et le Tuteur de l'interlocuteur رَبُّكَ (« ton Tuteur »), suivi de بِـ et du nom du peuple frappé.

Elle n'apparaît que deux fois, en 89:6 devant les Aad et en 105:1 devant les compagnons de la déraison. Deux formes proches (14:24, 25:45 : « أَلَمْ تَرَ كَيْفَ … ») n'ont ni فَعَلَ ni رَبُّكَ et ne relèvent pas de la formule.

Le rendu est identique dans les deux occurrences et dans les six langues, conformément à la règle « La formule répétée : même arabe, même traduction ».

Exemples

أَلَمْ تَرَ كَيْفَ فَعَلَ رَبُّكَ بِعَادٍ

N'as-tu pas vu comment ton Tuteur a agi avec les Aad

89:6 — Première occurrence.

أَلَمْ تَرَ كَيْفَ فَعَلَ رَبُّكَ بِأَصْحَٰبِ ٱلْفِيلِ

N'as-tu pas vu comment ton Tuteur a agi avec les compagnons de la déraison ?

105:1 — Même formule, même rendu.
« Ceux qui ont cru et accompli les œuvres saines »établie

Énoncé. La formule « ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا۟ ٱلصَّٰلِحَٰتِ » revient 50 fois. Ses deux verbes sont à l'accompli : la traduction dit « ceux qui ont cru et accompli les œuvres saines », au passé composé, et rend ٱلصَّٰلِحَٰت toujours de la même façon dans chaque langue.

Verdict. Règle établie. 50 occurrences à l'accompli dans les six langues, un seul rendu de ٱلصَّٰلِحَٰت par langue.

Preuve

La formule associe deux actes, croire (ءَامَنُوا۟) et accomplir (عَمِلُوا۟), et les place à l'accompli : ce sont des actes posés, dont la suite (la récompense, le Jardin) découle. Rendre ces verbes au présent (« ceux qui croient ») en ferait une description d'état, ce que l'arabe ne dit pas.

Les 50 occurrences sont toutes à l'accompli, y compris 11:23 : « Ceux qui ont cru, ont accompli les œuvres saines et se sont courbés devant leur Tuteur ».

Le nom ٱلصَّٰلِحَٰت est rendu par un seul terme par langue : « œuvres saines », « sound deeds », « obras sanas », « opere sane », « amal saleh », « здравые дела ».

Exemples

إِنَّ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا۟ ٱلصَّٰلِحَٰتِ أُو۟لَٰٓئِكَ هُمْ خَيْرُ ٱلْبَرِيَّةِ

Ceux qui ont cru et accompli les œuvres saines, ceux-là sont les meilleurs de ceux qui ont reçu l'existence.

98:7 — La formule dans sa forme la plus simple.

إِلَّا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا۟ ٱلصَّٰلِحَٰتِ

sauf ceux qui ont cru, accompli les œuvres saines

103:3 — La formule ouvre une liste de quatre actes, tous à l'accompli.

ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا۟ ٱلصَّٰلِحَٰتِ وَأَخْبَتُوٓا۟ إِلَىٰ رَبِّهِمْ

Ceux qui ont cru, ont accompli les œuvres saines et se sont courbés devant leur Tuteur

11:23 — Seul passage qui était au présent ; remis à l'accompli.
« إِلَىٰ رَبِّكَ » en tête : le terme où tout aboutitétablie

Énoncé. Quand « إِلَىٰ رَبِّكَ » (« vers ton Tuteur ») est placé en tête de la phrase, avant un nom qui dit une fin (le lieu stable, la conduite, la limite ultime, le retour), l'arabe insiste : c'est vers Lui, et vers nul autre. La traduction marque cette mise en relief : « C'est vers ton Tuteur que … ».

Verdict. Règle établie. Cinq occurrences, toutes avec un nom de fin, rendues avec la même mise en relief.

Preuve

En arabe, l'ordre habituel placerait le nom avant le complément ; ici, le complément est avancé, et cet ordre exprime l'exclusivité. Les cinq occurrences :

  • 75:12, « إِلَىٰ رَبِّكَ يَوْمَئِذٍ ٱلْمُسْتَقَرُّ », c'est vers ton Tuteur, ce jour-là, que sera le lieu stable ;
  • 75:30, « إِلَىٰ رَبِّكَ يَوْمَئِذٍ ٱلْمَسَاقُ », la conduite ;
  • 79:44, « إِلَىٰ رَبِّكَ مُنتَهَىٰهَآ », la limite ultime de l'Heure ;
  • 53:42, « وَأَنَّ إِلَىٰ رَبِّكَ ٱلْمُنتَهَىٰ », la limite ultime ;
  • 96:8, « إِنَّ إِلَىٰ رَبِّكَ ٱلرُّجْعَىٰٓ », le retour.

Les cinq noms disent tous un point d'arrivée. La tournure française « C'est vers … que » rend l'exclusivité sans ajouter de mot comme « seul ». En 53:42, la phrase fait partie de la série en « وَأَنَّ » (« Et que … ») qui structure la fin de la sourate 53 ; elle garde donc « et que vers ton Tuteur est la limite ultime ».

Exemples

إِلَىٰ رَبِّكَ يَوْمَئِذٍ ٱلْمُسْتَقَرُّ

C'est vers ton Tuteur, ce jour-là, que sera le lieu stable.

75:12 — Le complément avancé : vers Lui, et vers nul autre.

إِنَّ إِلَىٰ رَبِّكَ ٱلرُّجْعَىٰٓ

C'est vers ton Tuteur qu'est le retour.

96:8 — Même construction, nom de fin : le retour.

إِلَىٰ رَبِّكَ مُنتَهَىٰهَآ

C'est vers ton Tuteur qu'en est la limite ultime.

79:44 — La limite ultime de l'Heure.
« فَمَن شَآءَ ٱتَّخَذَ إِلَىٰ رَبِّهِۦ » : le choix laissé à l'être humainétablie

Énoncé. La formule « فَمَن شَآءَ ٱتَّخَذَ إِلَىٰ رَبِّهِۦ … » clôt un rappel en laissant le choix au lecteur : « Que celui qui le veut prenne donc, vers son Tuteur, … ». Elle revient trois fois et reçoit partout le même rendu.

Verdict. Règle établie. Trois occurrences identiques et une variante, rendues de façon constante dans les six langues.

Preuve

Les trois occurrences :

  • 73:19 et 76:29 : « فَمَن شَآءَ ٱتَّخَذَ إِلَىٰ رَبِّهِۦ سَبِيلًا », « un chemin » ;
  • 78:39 : « فَمَن شَآءَ ٱتَّخَذَ إِلَىٰ رَبِّهِۦ مَـَٔابًا », « un lieu de retour ».

La formule vient toujours après un rappel (« إِنَّ هَٰذِهِۦ تَذْكِرَةٌۭ », « ceci est un rappel » en 73:19 et 76:29) : le texte a dit ce qu'il avait à dire, et il ne contraint pas. Le verbe ٱتَّخَذَ (« prendre pour soi ») fait de l'acte une décision de la personne.

Une variante plus courte se trouve en 74:55 : « فَمَن شَآءَ ذَكَرَهُۥ », « Que celui qui le veut s'en souvienne » ; elle garde la même ouverture, « Que celui qui le veut ». La traduction suit la même structure dans les six langues.

Exemples

فَمَن شَآءَ ٱتَّخَذَ إِلَىٰ رَبِّهِۦ سَبِيلًا

Que celui qui le veut prenne donc, vers son Tuteur, une voie.

73:19 — Identique en 76:29.

فَمَن شَآءَ ٱتَّخَذَ إِلَىٰ رَبِّهِۦ مَـَٔابًا

Que celui qui le veut prenne donc, vers son Tuteur, un lieu où faire retour.

78:39 — Même formule, un autre nom à la fin.

فَمَن شَآءَ ذَكَرَهُۥ

Que celui qui le veut s'en souvienne.

74:55 — Variante courte, même ouverture.
Le refrain « Malheur, ce jour-là, à ceux qui démentent ! »établie

Énoncé. La phrase « وَيْلٌۭ يَوْمَئِذٍۢ لِّلْمُكَذِّبِينَ » revient douze fois, dont dix dans la seule sourate 77. Elle tombe comme un verdict après chaque preuve, et reçoit partout exactement le même rendu : « Malheur, ce jour-là, à ceux qui démentent ! ».

Verdict. Règle établie. Douze occurrences, un seul rendu par langue.

Preuve

La sourate 77 est construite sur ce refrain. Entre deux occurrences, le texte avance une preuve : la création de l'être humain d'une eau vile (77:20-23), la terre qui rassemble vivants et morts (77:25-27), les montagnes et l'eau douce (77:27), le sort des peuples d'avant (77:16-18). Après chacune, la même phrase revient (77:15, 19, 24, 28, 34, 37, 40, 45, 47, 49).

La force du refrain tient à sa répétition exacte : le lecteur doit reconnaître, à chaque retour, la même sentence. C'est pourquoi le rendu est identique dans les douze occurrences et dans les six langues. Deux occurrences se trouvent hors de la sourate 77 : 52:11 et 83:10, où le refrain est suivi d'une précision sur ceux qui démentent.

Exemples

وَيْلٌۭ يَوْمَئِذٍۢ لِّلْمُكَذِّبِينَ

Malheur, ce jour-là, à ceux qui démentent !

77:15 — Première des dix occurrences de la sourate 77 (77:15).

وَيْلٌۭ يَوْمَئِذٍۢ لِّلْمُكَذِّبِينَ

Malheur, ce jour-là, à ceux qui démentent

83:10 — Hors de la sourate 77, même rendu.
« C'est ainsi que Nous rétribuons ceux qui font le bien »établie

Énoncé. La formule « كَذَٰلِكَ نَجْزِى ٱلْمُحْسِنِينَ » clôt neuf récits ou passages en rappelant que le bien accompli reçoit sa rétribution. Elle est traduite partout « C'est ainsi que Nous rétribuons ceux qui font le bien », qu'elle commence par إِنَّا ou par وَ : la tournure « c'est … que » porte déjà l'insistance de إِنَّا.

Verdict. Règle établie. Neuf occurrences, un seul rendu par langue.

Preuve

Les neuf occurrences :

  • dans la sourate 37, elle ferme cinq récits de suite : Nuh (37:80), Ibrahim (37:105, 37:110), Moussa et Haroun (37:121), Ilyas (37:131) ;
  • elle suit l'éloge des informateurs en 6:84, la maturité de Youssof en 12:22 et celle de Moussa en 28:14 ;
  • elle clôt la description des gens qui se prémunissent en 77:44.

Le participe ٱلْمُحْسِنِينَ est rendu « ceux qui font le bien » : il décrit une pratique, non un rang.

Que la formule commence par إِنَّا كَذَٰلِكَ ou par وَكَذَٰلِكَ, la traduction est la même dans les neuf occurrences : la tournure « c'est … que » rend l'insistance de إِنَّا (37:80, 37:105, 37:121, 37:131, 77:44), sans « certes » en plus : c'est la règle de la tournure clivée.

Exemples

إِنَّا كَذَٰلِكَ نَجْزِى ٱلْمُحْسِنِينَ

C'est ainsi que Nous rétribuons ceux qui font le bien.

37:80 — Clôture du récit de Nuh (37:80), reprise à la fin de quatre autres récits de la sourate.

وَكَذَٰلِكَ نَجْزِى ٱلْمُحْسِنِينَ

c'est ainsi que Nous rétribuons ceux qui font le bien.

12:22 — Avec وَ au lieu de إِنَّا : même rendu, sans la particule « certes » que porte إِنَّا.
« يَوْمُ ٱلْفَصْلِ » : le Jour de la Séparationétablie

Énoncé. Le nom « يَوْمُ ٱلْفَصْلِ » revient six fois et désigne le Jour où ce qui était mêlé est séparé : le vrai du faux, ceux qui ont cru de ceux qui ont démenti. Il est rendu partout « le Jour de la Séparation ».

Verdict. Règle établie. Six occurrences, un seul rendu par langue.

Preuve

Les six occurrences : 37:21, 44:40, 77:13, 77:14, 77:38 et 78:17.

La racine فصل dit l'action de séparer, de trancher entre deux choses. Le nom est donc rendu par « Séparation », et non par « Décision » ou « Jugement », qui sont réservés à d'autres racines (حكم, قضى) ; دين donne, lui, « le Jour de l'Échéance ». En 77:12-14, le texte joue sur ce nom : « pour quel jour ont-ils été ajournés ? Pour le Jour de la Séparation. Et qui te donnera idée de ce qu'est le Jour de la Séparation ? ». La question n'a de force que si le même mot revient.

Les six occurrences sont rendues de façon identique.

Exemples

لِأَىِّ يَوْمٍ أُجِّلَتْ لِيَوْمِ ٱلْفَصْلِ وَمَآ أَدْرَىٰكَ مَا يَوْمُ ٱلْفَصْلِ

pour quel jour ont-ils été ajournés ? Pour le Jour de la Séparation. ‖ Et qui te donnera idée de ce qu'est le Jour de la Séparation ?

77:12-14 — Le nom répété deux fois de suite : la question repose sur la reprise exacte.

إِنَّ يَوْمَ ٱلْفَصْلِ كَانَ مِيقَٰتًۭا

Le Jour de la Séparation est certes un rendez-vous fixé

78:17 — Même nom, même rendu dans la sourate voisine (APP-01).

هَٰذَا يَوْمُ ٱلْفَصْلِ

Voici le Jour de la Séparation

37:21 — Hors du couple 77/78, même rendu.
« ذَرْنِى وَ… » : « Laisse-Moi avec … »établie

Énoncé. La formule « ذَرْنِى وَ… » (« Laisse-Moi, et … ») est une parole de Dieu à l'Informateur : elle lui retire la charge d'un adversaire en la prenant sur Soi. Le وَ qui suit n'est pas « et » mais « avec » ; la formule est rendue partout « Laisse-Moi avec … ».

Verdict. Règle établie. Trois occurrences, un seul rendu par langue.

Preuve

Les trois occurrences :

  • 74:11, « ذَرْنِى وَمَنْ خَلَقْتُ وَحِيدًۭا », « Laisse-Moi avec celui que J'ai créé seul » ;
  • 73:11, « وَذَرْنِى وَٱلْمُكَذِّبِينَ », « Et laisse-Moi avec ceux qui démentent » ;
  • 68:44, « فَذَرْنِى وَمَن يُكَذِّبُ بِهَٰذَا ٱلْحَدِيثِ », « Laisse-Moi donc avec quiconque dément ce discours ».

Le وَ est ici celui de l'accompagnement (وَاوُ ٱلْمَعِيَّةِ) : « laisse-moi en compagnie de … », c'est-à-dire « laisse-moi m'en occuper ». Le traduire par « et » (« laisse-moi et ceux qui démentent ») fausserait le sens.

Les trois occurrences ont le même rendu, et le « donc » ne traduit que le فَـ de 68:44.

Exemples

ذَرْنِى وَمَنْ خَلَقْتُ وَحِيدًۭا

Laisse-Moi avec celui que J'ai créé seul

74:11 — Le وَ d'accompagnement : « avec », non « et ».

وَذَرْنِى وَٱلْمُكَذِّبِينَ

Et laisse-Moi avec ceux qui démentent

73:11 — La même formule en 73:11 : « Laisse-Moi avec … ».

فَذَرْنِى وَمَن يُكَذِّبُ بِهَٰذَا ٱلْحَدِيثِ

Laisse-Moi donc avec quiconque dément ce discours.

68:44 — « donc » rend le فَـ, propre à cette occurrence.
Le refrain « Et quiconque se prémunit devant Dieu, Il … »établie

Énoncé. Dans la sourate 65, chaque mesure de la répudiation est suivie du même refrain : « وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ », « Et quiconque se prémunit devant Dieu », puis de ce que Dieu lui accorde. Le refrain est rendu à l'identique dans ses trois occurrences.

Verdict. Règle établie. Trois occurrences, rendu identique dans les six langues.

Preuve

La sourate 65 règle la séparation des époux : délais, logement, entretien, prise en charge des enfants. Ces mesures concrètes sont interrompues trois fois par le même refrain, chaque fois suivi d'une promesse différente :

  • 65:2 : « يَجْعَل لَّهُۥ مَخْرَجًۭا », Il lui accorde une issue, et le pourvoit par où il ne s'y attend pas ;
  • 65:4 : « يَجْعَل لَّهُۥ مِنْ أَمْرِهِۦ يُسْرًۭا », Il lui accorde une facilité dans son affaire ;
  • 65:5 : « يُكَفِّرْ عَنْهُ سَيِّـَٔاتِهِۦ », Il couvre ses mauvaises actions et accroît sa récompense.

Le refrain relie le droit à la conscience : chaque règle de séparation est placée sous le regard de celui qui « se prémunit ». Pour que le lecteur l'entende revenir, il est rendu mot pour mot de la même façon : « Et quiconque se prémunit devant Dieu, Il … ».

Exemples

وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ يَجْعَل لَّهُۥ مَخْرَجًۭا

Et quiconque se prémunit envers Dieu, Il lui accorde une issue

65:2 — Première occurrence : une issue.

وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ يَجْعَل لَّهُۥ مِنْ أَمْرِهِۦ يُسْرًۭا

Et quiconque se prémunit envers Dieu, Il lui accorde, dans son affaire, une facilité.

65:4 — Deuxième : une facilité.

وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ يُكَفِّرْ عَنْهُ سَيِّـَٔاتِهِۦ

Et quiconque se prémunit envers Dieu, Il couvre ses mauvaises actions

65:5 — Troisième : les mauvaises actions couvertes.
« كَذَٰلِكَ لِـ… » : « ainsi en fut-il, afin que … »écartée

Énoncé. Hypothèse examinée : la tournure « كَذَٰلِكَ + لِـ + inaccompli » serait une formule fixe, toujours rendue « ainsi en fut-il, afin que … », la proposition finale disant le but de l'acte divin qui précède.

Verdict. Écartée. Deux occurrences seulement, de contextes différents ; la valeur finale du لـ est la grammaire ordinaire.

Preuve

Le relevé ne trouve que deux occurrences : « كَذَٰلِكَ لِنَصْرِفَ عَنْهُ ٱلسُّوٓءَ وَٱلْفَحْشَآءَ », « ainsi en fut-il, afin que Nous écartions de lui le mal et la turpitude » (12:24), et « كَذَٰلِكَ لِنُثَبِّتَ بِهِۦ فُؤَادَكَ », « Ainsi, afin d'affermir par elle ta Conscience » (25:32). Un passage voisin (12:21, « وَلِنُعَلِّمَهُۥ ») n'a pas la même structure.

Dans les deux occurrences, كَذَٰلِكَ ne renvoie pas à la même chose : en 12:24, à ce qui vient d'arriver à Youssof ; en 25:32, à la manière dont la Lecture est descendue, par fragments, en réponse à une objection. La traduction suit ces contextes et ne peut pas les ramener à une formule unique.

Quant à la valeur de but du لِـ (« afin que »), elle relève de la grammaire ordinaire de l'arabe et ne demande pas de règle propre au corpus.

Exemples

كَذَٰلِكَ لِنَصْرِفَ عَنْهُ ٱلسُّوٓءَ وَٱلْفَحْشَآءَ

ainsi en fut-il, afin que Nous écartions de lui le mal et la turpitude

12:24 — Ici, كَذَٰلِكَ renvoie à ce qui vient d'arriver à Youssof.

كَذَٰلِكَ لِنُثَبِّتَ بِهِۦ فُؤَادَكَ

Ainsi, afin d'affermir par elle ta Conscience

25:32 — Ici, كَذَٰلِكَ renvoie ici à la descente de la Lecture par fragments : autre contexte, autre rendu.

Récits et composition

Le gabarit des récits d'informateursétablie

Énoncé. Dans les sourates 7, 11 et 26, chaque récit d'informateur suit le même gabarit : l'envoi (« وَإِلَىٰ X أَخَاهُمْ Y »), l'appel (« ٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُۥ »), la preuve, le refus d'un salaire, le salut, la clôture. Chaque élément du gabarit est rendu à l'identique d'un récit à l'autre.

Verdict. Règle établie. Gabarit vérifié sur les sourates 7, 10, 11 et 26 ; ses éléments ont un rendu identique d'un récit à l'autre.

Preuve

Dans la sourate 11, les récits de Nuh (11:25-49), Hud (11:50-60), Salih (11:61-68) et Shu'ayb (11:84-95) reprennent les mêmes phrases :

  • l'envoi : « وَإِلَىٰ عَادٍ أَخَاهُمْ هُودًۭا », « Et aux Aad, leur frère Hud » ;
  • la preuve : « أَرَءَيْتُمْ إِن كُنتُ عَلَىٰ بَيِّنَةٍۢ مِّن رَّبِّى », « voyez-vous ? Si je me fonde sur une preuve claire de mon Tuteur » (11:28 = 11:63 = 11:88) ;
  • le salut : « وَلَمَّا جَآءَ أَمْرُنَا نَجَّيْنَا … », « Et lorsque Notre ordre vint, Nous sauvâmes … » (11:58, 11:66, 11:94) ;
  • la clôture : « أَلَا بُعْدًۭا لِّـ… », « Loin soient … ! » (11:44, 11:60, 11:68, 11:95).

Le gabarit tient dans la sourate 7 (7:59-93) et dans la sourate 26, dont les refrains (« إِنِّى لَكُمْ رَسُولٌ أَمِينٌۭ », « فَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَأَطِيعُونِ », « وَمَآ أَسْـَٔلُكُمْ عَلَيْهِ مِنْ أَجْرٍ ») sont identiques dans les six langues. Chaque sourate retient ses propres éléments : le refus du salaire manque dans la sourate 7 ; la sourate 10 raconte Nuh et Moussa sans le gabarit.

L'appel « مَا لَكُم مِّنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُۥ » est rendu de la même façon dans les sourates 7, 11 et 23.

Exemples

وَإِلَىٰ عَادٍ أَخَاهُمْ هُودًۭا

Et vers les Aad, leur frère Hud

7:65 — L'envoi.

أَرَءَيْتُمْ إِن كُنتُ عَلَىٰ بَيِّنَةٍۢ مِّن رَّبِّى

voyez-vous ? Si je me fonde sur une preuve claire de mon Tuteur

11:28 — La preuve : mot pour mot en 11:28, 11:63 et 11:88.

أَلَا بُعْدًۭا لِّمَدْيَنَ

Loin soit Madyan

11:95 — La clôture, même rendu en 11:44, 11:60, 11:68.
La peine comparée à des débris végétauxétablie

Énoncé. Quatre récits de peine suivent le même schéma en trois temps : un envoi « sur eux » (un vent, un cri, des oiseaux), puis le résultat introduit par فَـ, puis une comparaison des corps à des débris végétaux : des troncs de palmiers, des brindilles sèches, un épi mâché.

Verdict. Règle établie. Quatre occurrences complètes, toutes dans le schéma.

Preuve

Les quatre occurrences :

  • les Aad, en 54:19-20 : « إِنَّآ أَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ رِيحًۭا صَرْصَرًۭا … تَنزِعُ ٱلنَّاسَ كَأَنَّهُمْ أَعْجَازُ نَخْلٍۢ مُّنقَعِرٍۢ », des troncs de palmiers déracinés ;
  • les mêmes, en 69:6-7 : un vent « assujetti contre eux », et les gens gisant « كَأَنَّهُمْ أَعْجَازُ نَخْلٍ خَاوِيَةٍۢ », comme des troncs de palmiers vides ;
  • les Thamud, en 54:31 : « أَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ صَيْحَةًۭ وَٰحِدَةًۭ فَكَانُوا۟ كَهَشِيمِ ٱلْمُحْتَظِرِ », comme les brindilles séchées d'un enclos ;
  • les compagnons de la déraison, en 105:3-5 : des oiseaux envoyés sur eux, puis « فَجَعَلَهُمْ كَعَصْفٍۢ مَّأْكُولٍۭ », comme une enveloppe [de grain] mangée.

La comparaison n'est pas un ornement isolé : elle revient dans quatre récits, toujours à la même place, après l'envoi et le فَـ du résultat. Le peuple qui se croyait solide est réduit à ce qui reste d'une plante. Pour que le lecteur reconnaisse le schéma, les mêmes mots arabes reçoivent les mêmes mots : أَعْجَازُ نَخْلٍ est rendu « troncs de palmiers » en 54:20 comme en 69:7.

Exemples

تَنزِعُ ٱلنَّاسَ كَأَنَّهُمْ أَعْجَازُ نَخْلٍۢ مُّنقَعِرٍۢ

arrachant les hommes comme des troncs de palmiers déracinés

54:20 — Envoi d'un vent (54:19), puis la comparaison : des troncs déracinés.

كَأَنَّهُمْ أَعْجَازُ نَخْلٍ خَاوِيَةٍۢ

comme des troncs de palmiers vides

69:7 — Même أَعْجَازُ نَخْلٍ, désormais même rendu qu'en 54:20.

إِنَّآ أَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ صَيْحَةًۭ وَٰحِدَةًۭ فَكَانُوا۟ كَهَشِيمِ ٱلْمُحْتَظِرِ

Nous avons envoyé sur eux un seul cri, et ils devinrent comme le chaume de celui qui clôture.

54:31 — Les trois temps dans une seule phrase : envoi, فَـ, comparaison.

فَجَعَلَهُمْ كَعَصْفٍۢ مَّأْكُولٍۭ

Et ne les a-t-Il pas réduits à l'état d'une enveloppe de grain mangée ?

105:5 — Le schéma clôt la sourate 105.
Chaque ordre de combat a sa cause et sa limiteétablie

Énoncé. Dans le Coran, aucun ordre de combat n'est donné seul. Dans les phrases voisines, le texte en donne toujours la cause (des serments violés, une agression première, un combat subi) et la limite ou l'exception (un pacte tenu, une paix offerte, la cessation des hostilités, la réciprocité). Lire un ordre sans son cadre, c'est lui faire dire ce que le texte ne dit pas.

Verdict. Règle établie. Vérifiée sur les cinq ensembles de passages de combat du corpus ; l'énoncé, d'abord propre à la sourate 9, est élargi.

Preuve

L'observation est née de la sourate 9, puis a été vérifiée dans les autres passages de combat :

  • 9:4-13 : l'exception du pacte tenu (« إِلَّا ٱلَّذِينَ عَٰهَدتُّم … ثُمَّ لَمْ يَنقُصُوكُمْ شَيْـًۭٔا », « sauf ceux … qui ne vous ont manqué en rien ») ; la protection à qui la demande (9:6) ; « tant qu'ils se tiennent droits envers vous » (9:7) ; les serments violés et l'agression première (9:12-13) ;
  • 2:190-193 : « وَقَٰتِلُوا۟ … ٱلَّذِينَ يُقَٰتِلُونَكُمْ وَلَا تَعْتَدُوٓا۟ », « combattez … ceux qui vous combattent, mais n'agressez pas », puis « فَإِنِ ٱنتَهَوْا۟ فَلَا عُدْوَٰنَ إِلَّا عَلَى ٱلظَّٰلِمِينَ », « s'ils cessent, alors nulle hostilité, sinon envers les injustes » ;
  • 4:89-91 : l'exception de ceux qui sont liés par un engagement, ou qui offrent la paix ;
  • 8:56-61 : « وَإِن جَنَحُوا۟ لِلسَّلْمِ فَٱجْنَحْ لَهَا », « s'ils inclinent vers la paix, incline vers elle aussi » ;
  • 60:8-9 : le critère est d'avoir combattu et expulsé ; envers ceux qui ne l'ont pas fait, Dieu n'interdit pas la vertu et l'équité.

La sourate 9 se lit donc comme une mobilisation après la rupture des serments, non comme un ordre sans condition. La traduction garde ces encadrements tels qu'ils sont, sans les atténuer ni les détacher.

Exemples

وَقَٰتِلُوا۟ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ ٱلَّذِينَ يُقَٰتِلُونَكُمْ وَلَا تَعْتَدُوٓا۟

Et combattez, sur la voie de Dieu, ceux qui vous combattent, mais n'agressez pas

2:190 — La cause (« ceux qui vous combattent ») et la limite (« n'agressez pas ») dans la même phrase.

فَإِنِ ٱنتَهَوْا۟ فَلَا عُدْوَٰنَ إِلَّا عَلَى ٱلظَّٰلِمِينَ

et s'ils cessent, alors nulle hostilité, sinon envers les injustes.

2:193 — La fin du combat est prévue dès l'ordre.

إِلَّا ٱلَّذِينَ عَٰهَدتُّم مِّنَ ٱلْمُشْرِكِينَ ثُمَّ لَمْ يَنقُصُوكُمْ شَيْـًۭٔا

sauf ceux des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte, puis qui ne vous ont fait défaut en rien

9:4 — Dans la sourate 9 elle-même, l'exception suit immédiatement l'annonce.

وَإِن جَنَحُوا۟ لِلسَّلْمِ فَٱجْنَحْ لَهَا

Et s'ils inclinent vers la paix, incline vers elle aussi

8:61 — La paix offerte arrête le combat.
Sourate 19 : la rime des récits du don et l'enfant attribué à Dieuétablie

Énoncé. Dans la sourate 19, la rime en ـيًّا porte les récits où un enfant est donné (Zakariya, Yahya, Maryam, Issa, Ibrahim, Moussa, Isma'il, Idris). Elle se rompt deux fois, en 19:34-40 et en 19:75-98 : ce sont les seuls passages où paraît le mot وَلَد (« enfant ») attribué à Dieu ou revendiqué pour Lui. Dans la rime, l'enfant donné s'appelle غُلَام (« garçon ») ou صَبِىّ (« tout jeune enfant »), jamais وَلَد.

Verdict. Règle établie pour les faits vérifiés (rime, ruptures, répartition des mots) ; les conjectures numériques sont écartées.

Preuve

Le relevé du texte donne :

  • 56 versets sur 81 se terminent en ـيًّا ;
  • deux zones de rupture : 19:34-40 (juste après le récit de Issa) et 19:75-98 (la fin de la sourate) ;
  • le nom وَلَد apparaît uniquement dans ces zones : 19:35, 19:79, 19:88, 19:91, 19:92 ; « مَا كَانَ لِلَّهِ أَن يَتَّخِذَ مِن وَلَدٍۢ », « Il ne convient pas à Dieu de S'attribuer un enfant » (19:35) ;
  • dans la rime, l'enfant donné est غُلَام (19:7, 19:8, 19:19, 19:20) ou صَبِىّ (19:12, 19:29).

La forme du texte suit donc son sens : quand il raconte un don, il rime ; quand il réfute l'idée d'un enfant de Dieu, la rime se brise. C'est une observation propre à cette sourate, et elle est fixée pour les faits vérifiés.

Des conjectures numériques sur les lettres d'ouverture كهيعص (sommes, densité, fenêtres) ont été examinées et écartées : elles dépendent d'une convention d'orthographe ou ne sont pas significatives.

La traduction garde cette opposition : صَبِىّ (19:12, 19:29) se rend « tout jeune enfant », وَلَد « enfant ».

Exemples

يَٰزَكَرِيَّآ إِنَّا نُبَشِّرُكَ بِغُلَٰمٍ ٱسْمُهُۥ يَحْيَىٰ

Nous t'annonçons certes un garçon

19:7 — Dans la rime : l'enfant donné est un غُلَام.

مَا كَانَ لِلَّهِ أَن يَتَّخِذَ مِن وَلَدٍۢ

Il ne convient pas à Dieu de S'attribuer un enfant.

19:35 — Dans la rupture (19:34-40) : le mot وَلَد, pour le nier.

كَيْفَ نُكَلِّمُ مَن كَانَ فِى ٱلْمَهْدِ صَبِيًّۭا

Comment parlerions-nous à un tout jeune enfant au berceau ?

19:29 — Le mot صَبِىّ, dans la rime ; rendu « tout jeune enfant », distinct de وَلَد « enfant ».
Les lettres d'ouverture : un rasm identique dans toutes les traditionsétablie

Énoncé. Vingt-neuf sourates s'ouvrent sur des lettres isolées (14 combinaisons : الم, الر, حم, طسم, كهيعص…). Dans toutes les traditions de lecture comparées, ces lettres ont exactement le même rasm, alors que la numérotation des versets et les signes ajoutés divergent. La traduction les rend lettre par lettre, de la même façon partout.

Verdict. Règle établie pour les faits vérifiés ; l'interprétation qu'on en tire reste un postulat.

Preuve

La comparaison a porté sur le premier verset des 29 sourates, dans neuf traditions de lecture (Hafs, Warsh, édition nastaliq indo-pakistanaise, Qalun, al-Bazzi, Qunbul, al-Duri, al-Susi, Shu'ba). Les 29 ouvertures sont identiques en rasm ; aucune variante de lecture ne touche les lettres. Les différences se limitent à l'écriture de la hamza (Warsh ألم), à l'alif suscrit, aux signes de prolongation, et au découpage en versets (Hafs compte الم, كهيعص, طه, طسم, يس, حم comme versets ; Warsh non).

Même les micro-variantes entre ouvertures sont conservées partout : طس (27) face à طسم (26, 28), المص (7) et المر (13) face à الم et الر, حم عسق (42) face à حم. Ce sont les seuls endroits du Coran où la récitation épelle les lettres du rasm au lieu de les lire comme des mots.

Pour que le lecteur voie que les mêmes lettres reviennent, la traduction les nomme toujours de la même façon : un nom par lettre, séparés par des points, avec un point souscrit pour les lettres emphatiques (« Ṣad », « Ṭa », « Ḥa ») et « ʿAyn » pour ع ; ainsi ح (« Ḥa ») et ه (« Ha ») ne se confondent pas.

On peut en tirer une lecture : la transmission du rasm ne dépend pas de sa compréhension, et la méditation est demandée à tous (4:82, 47:24, 38:29, 54:17). C'est une interprétation, non un fait établi par la règle.

Exemples

كٓهيعٓصٓ

Kaf. Ha. Ya. ʿAyn. Ṣad.

19:1 — La plus longue combinaison : cinq lettres épelées une à une.

حمٓ عٓسٓقٓ

Ḥa. Mim. ʿAyn. Sin. Qaf.

42:1-2 — Ici, حم, comme en 40-46, suivi de عسق : la micro-variante est conservée dans toutes les traditions.
Sourate 72 : la parole des Occultés et la parole révéléeétablie

Énoncé. Dans la sourate 72, une longue série de phrases commence par وَأَنَّهُۥ / وَأَنَّا. La lecture de Hafs y lit أَنَّ (« que »), qui fait de tout ce qui suit le contenu de « Il m'a été révélé que » ; la lecture de Warsh lit إِنَّ en 72:3-14, ce qui en fait la parole directe des Occultés. La traduction retient Warsh pour 72:3-14 (sans « que ») et garde « Et que » pour la parole révélée (72:17-19).

Verdict. Règle établie. La traduction distingue, par la présence ou l'absence de « que », la parole des Occultés (72:3-14) de la parole révélée (72:17-19).

Preuve

La sourate s'ouvre sur « قُلْ أُوحِىَ إِلَىَّ أَنَّهُ ٱسْتَمَعَ نَفَرٌۭ مِّنَ ٱلْجِنِّ », « Dis : Il m'a été révélé qu'un groupe d'Occultés a écouté ». Les Occultés prennent alors la parole : « Nous avons entendu une lecture étonnante… ».

La question est de savoir où s'arrête leur parole. Avec أَنَّ (Hafs), chaque phrase de 72:3 à 72:14 dépend encore de « Il m'a été révélé que » : ce serait l'Informateur qui rapporte. Avec إِنَّ (Warsh), ces phrases sont une déclaration directe des Occultés : « Et la majesté de notre Tuteur est élevée… ». Le « notre Tuteur » de 72:3 montre que ce sont bien eux qui parlent.

La traduction suit ici la lecture de Warsh pour 72:3-14 : douze propositions rendues « Et … », sans « que ». À partir de 72:17, le texte revient à la parole révélée, et les phrases gardent « Et que … » : « وَأَنَّ ٱلْمَسَٰجِدَ لِلَّهِ », « Et que les lieux de prosternation appartiennent à Dieu » (72:18). La série en وَأَنَّ de 53:38-54, sans divergence de lecture, garde aussi « Et que ».

Exemples

وَأَنَّهُۥ تَعَٰلَىٰ جَدُّ رَبِّنَا

Et la magnificence de notre Tuteur est élevée

72:3 — Texte cité selon Hafs (وَأَنَّهُۥ) ; Warsh lit وَإِنَّهُۥ, et c'est cette lecture que suit la traduction : parole directe des Occultés, sans « que ». « Notre Tuteur » montre qui parle.

وَأَنَّ ٱلْمَسَٰجِدَ لِلَّهِ

Et que les lieux de prosternation appartiennent à Dieu

72:18 — Retour à la parole révélée : « Et que ».
Le nom qui devient sentenceécartée

Énoncé. Hypothèse examinée : le Coran reprendrait parfois le nom d'une personne pour en faire la sentence qui la frappe, et ce procédé serait une règle de lecture.

Verdict. Écartée comme règle : un seul cas. Le fait reste dans la fiche de la sourate 111.

Preuve

Le cas qui a fait naître l'hypothèse est frappant. La sourate 111 s'ouvre sur « تَبَّتْ يَدَآ أَبِى لَهَبٍۢ », « Que se perdent les mains du Père de la flamme », et annonce deux versets plus loin : « سَيَصْلَىٰ نَارًۭا ذَاتَ لَهَبٍۢ », « Il brûlera dans un feu de flamme ». Le mot لَهَب passe du surnom à la peine.

Mais ce procédé n'a été relevé nulle part ailleurs dans le corpus. Une observation qui ne vaut que pour une sourate est un fait de lecture de cette sourate, non une règle qui guiderait la lecture des autres.

Exemples

تَبَّتْ يَدَآ أَبِى لَهَبٍۢ

Que se perde le double pouvoir d'agir du Père de la flamme

111:1 — La flamme dans le surnom…

سَيَصْلَىٰ نَارًۭا ذَاتَ لَهَبٍۢ

Il brûlera dans un feu de flamme

111:3 — … puis dans la peine. Procédé réel, mais unique dans le corpus.
L'apostrophe « Ô toi, l'enveloppé ! Lève-toi »écartée

Énoncé. Hypothèse examinée : quand le Coran interpelle quelqu'un par un participe d'enveloppement (« Ô toi, l'enveloppé », « Ô toi, le revêtu d'un manteau ») suivi de l'ordre « قُمْ » (« Lève-toi »), l'état nommé serait précisément celui qu'il faut quitter.

Verdict. Écartée comme règle : deux occurrences, lecture interprétative. Le fait est versé comme preuve d'APP-01.

Preuve

Les deux occurrences sont réelles et se répondent : « يَٰٓأَيُّهَا ٱلْمُزَّمِّلُ قُمِ ٱلَّيْلَ » (73:1-2) et « يَٰٓأَيُّهَا ٱلْمُدَّثِّرُ قُمْ فَأَنذِرْ » (74:1-2). Dans les deux cas, l'apostrophe nomme un homme enveloppé, puis l'ordre le fait se lever. Les deux participes sont des hapax (fiches زمل et دثر).

Mais deux occurrences, dans deux sourates qui se suivent, ne font pas une règle générale ; et l'énoncé (« l'état nommé est celui qu'il faut quitter ») est une lecture, non une régularité vérifiable ailleurs dans le corpus.

Le fait a sa place ailleurs : il illustre l'apprentissage APP-01, selon lequel des sourates voisines se répondent par paires. Il y est consigné comme preuve.

Exemples

يَٰٓأَيُّهَا ٱلْمُزَّمِّلُ قُمِ ٱلَّيْلَ

Ô toi, l'enveloppé ! Lève-toi la nuit

73:1-2 — Première sourate de la paire.

يَٰٓأَيُّهَا ٱلْمُدَّثِّرُ قُمْ فَأَنذِرْ

Ô toi, le revêtu d'un manteau ! Lève-toi et avertis

74:1-2 — La sourate suivante répond à la première : un écho de paire (APP-01), non une règle.