La formule du refuge
Quand le Coran parle de refuge (« se réfugier », forme I ; « chercher refuge », forme X), la phrase a toujours la même forme : le verbe de la racine عوذ, puis بـ devant Celui auprès de qui l'on se réfugie, puis la menace. La menace prend l'une de deux formes : من suivi d'un nom quand on nomme la source du mal, أن suivi d'un verbe quand on redoute un événement.
La racine عوذ revient 17 fois dans le corpus. Dans tous les emplois où le verbe a un complément, celui auprès de qui l'on cherche refuge est introduit par بـ : « بربّ الفلق », « بالله », « بك », « بربّي وربّكم ».
La menace se dit de deux façons, et jamais d'une troisième :
- la forme من + nom quand le mal a une source que l'on peut nommer : « من شرّ ما خلق », « من همزات الشياطين », « من كلّ متكبّر » ;
- la forme أن + verbe quand ce que l'on redoute est un événement : « أن أكون من الجاهلين », « أن يحضرون », « أن ترجمون ».
Celui auprès de qui l'on se réfugie est Dieu dans tous les cas, sauf un : en 72:6, des hommes se réfugient auprès d'autres hommes, parmi les Occultés, et le texte dit aussitôt que cela n'a fait qu'accroître leur accablement. La seule exception est donc présentée comme une erreur.
Une variante de forme confirme la règle au lieu de la contredire : le nom verbal مَعَاذَ ٱللَّهِ (12:23, 12:79) rattache Dieu par l'annexion, sans بـ ; c'est la forme figée de l'exclamation « Que Dieu m'en préserve ! ».
Dans le texte
أَعُوذُ بِرَبِّ ٱلْفَلَقِ مِن شَرِّ مَا خَلَقَأَعُوذُ بِكَ مِنْ هَمَزَٰتِ ٱلشَّيَٰطِينِ وَأَعُوذُ بِكَ رَبِّ أَن يَحْضُرُونِأَعُوذُ بِٱللَّهِ أَنْ أَكُونَ مِنَ ٱلْجَٰهِلِينَيَعُوذُونَ بِرِجَالٍۢ مِّنَ ٱلْجِنِّ فَزَادُوهُمْ رَهَقًۭامَعَاذَ ٱللَّهِ