Le système « éprouver » : quatre racines, quatre mots
Quatre racines disent l'épreuve dans le Coran : ابتلى (« éprouver »), فتنة (« épreuve », « mettre à l'épreuve »), بلاء (« ce qui éprouve ») et امتحن (« examiner »). Dans chacune des six langues, elles reçoivent quatre mots distincts, et aucun mot n'est partagé. C'est une application détaillée de « Un terme arabe, un mot par langue ».
Les quatre racines ne disent pas la même chose :
- avec ابتلى, Dieu éprouve pour révéler : « وَلَنَبْلُوَنَّكُم بِشَىْءٍۢ مِّنَ ٱلْخَوْفِ », « Nous vous éprouverons certainement par quelque peu de crainte » (2:155) ;
- avec فتنة, l'épreuve qui trie et peut faire chuter : « وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ », « sans qu'ils soient mis à l'épreuve » (29:2) ;
- avec امتحن, l'examen fait par des humains : « فَٱمْتَحِنُوهُنَّ », « examinez-les » (60:10).
Les rendus fixés : éprouver / test / probar / provare / menguji / испытывать pour ابتلى ; mettre à l'épreuve, épreuve / put to trial, trial / poner a prueba, prueba / mettere alla prova, prova / mencoba, cobaan / подвергать искусу, искус pour فتنة ; ce qui éprouve / a testing / lo que prueba / ciò che prova / ujian / испытание pour بلاء ; examiner / examine / examinar / esaminare / memeriksa / проверять pour امتحن.
Conséquence de la règle : un mot réservé à une racine n'est pas employé pour une autre. En espagnol, ذاق (« goûter ») se rend « gustar », car « probar » appartient à ابتلى. Le même principe sépare d'autres paires (خزي / ذلّ, دمّر / أهلك, جزاء / أجر, جحد / كفر, قسط / عدل, لعب / لهو, مآب / مأوى).
Dans le texte
وَلَنَبْلُوَنَّكُم بِشَىْءٍۢ مِّنَ ٱلْخَوْفِأَحَسِبَ ٱلنَّاسُ أَن يُتْرَكُوٓا۟ أَن يَقُولُوٓا۟ ءَامَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَفَٱمْتَحِنُوهُنَّ